16.11.2011
quelque part dans l'Océan Pacifique ...: Moruroa

20:40
Écrit par Justitia & Veritas
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22.12.2007
Impérialisme français: contamination nucléaire
Contamination mortelle au nom de la France impérialiste
0 L’héritage de la bombe, 9 mars 2003
par Michel Verger (*)
Pour se doter du feu nucléaire et devenir la quatrième puissance mondiale à posséder la force de frappe, la France a effectué, de 1960 à 1996, 210 essais nucléaires dont 160 souterrains et 50 aériens. La plus forte explosion a été réalisée en août 1968 au-dessus de l’atoll de Fangataufa. Sa puissance de 2 700 KT équivalait 170 fois celle d’Hiroshima. La quasi-totalité de ces essais souterrains et aériens se sont déroulés sur deux atolls du Pacifique : Moruroa et Fangataufa. Nul besoin de posséder une imagination fertile pour mesurer les dégâts provoqués dans le sol des lagons et dans les îles habitées environnantes de Tureia et de Mangareva (200 à 400 km). Nul besoin d’être un expert en nucléaire pour comprendre que si les essais militaires étaient sans danger, (ou particulièrement " propres " pour reprendre une expression officielle), on n’aurait pas construit notre défense nationale sur une force de frappe nucléaire aussi peu efficace (1). Ce qui fit dire à l’amiral Sanguinetti que si les essais nucléaires avaient été si peu dangereux pourquoi les faire à des milliers de kilomètres de la France et pas en Auvergne ?
Nos lointains compatriotes polynésiens, les populations touareg du Sahara et de nombreux Vétérans (appelés du contingent, militaires, travailleurs civils) apportent aujourd’hui leur pierre à l’édification de la vérité sur les essais nucléaires de la France. Beaucoup ont payé un lourd tribut à la bombe : décès prématurés, atteintes cancéreuses, maladies inexpliquées, enfants mort-nés ou avec des malformations, allergies... Leurs témoignages constituent aujourd’hui, après des années de souffrances silencieuses pour certains, un terrible acte d’accusation sur l’irresponsabilité de ceux qui ont fait croire parfois avec succès, auprès des populations locales et des militaires, à l’innocuité des expériences françaises. Tellement innocentes qu’aucun suivi médical n’est effectué, aucun examen ni avant, ni pendant (sauf irradiation immédiate), ni après (les dosimètres chargés de mesurer le taux d’irradiation ne sont souvent pas relevés, j’ai conservé le mien). Dans ces conditions, parler d’essais propres alors qu’aucun contrôle n’est effectué ensuite sur les contaminations internes (inhalation, ingestion suite aux vents de sable) et externe par le contact avec du matériel contaminé (lavage des avions, des bateaux, démontage de chars...) relève du conditionnement idéologique.
Au fil des témoignages, une vérité incroyable se fait jour. A Reggane (Algérie), ce sont des militaires venus d’Allemagne que l’on fait manoeuvrer sitôt après l’explosion de la 4e bombe sur le point zéro. Là, toujours en Algérie à In Eker, c’est un essai souterrain qui rate, la poussière radioactive fuit, se répand aux alentours provoquant des irradiations et des contaminations. Neuf militaires oubliés restent dans le nuage pendant trois heures. Un ministre du général de Gaulle, Gaston Palewski, irradié, est mort plus tard d’une leucémie. Il a toujours professé que c’était la conséquence de cet essai raté. Des Algériens ont été contaminés pendant et après la présence française. Ailleurs en Polynésie, ce sont des populations que l’on enferme dans des hangars en tôle ondulée quand les nuages radioactifs survolent leur île (ils reçoivelt 1 500 francs Pacifique -12 euros environ - après chaque essai !) La nourriture des Polynésiens est essentiellement constituée de poissons pêchés et de fruits, les probabilités d’attraper des maladies radio-induites sont à l’évidence plus grandes ici qu’ailleurs. De nombreux récits sont édifiants. Suite aux essais, les militaires devaient marcher sur des tapis déroulés devant eux, les rats (qualifiés de " mutants ") et les fruits étaient anormalement gros ou déformés.
Le dernier rapport de l’Office parlementaire sur le sujet (2 janvier 2002), bâclé en quelques mois, mais sans mentionner aucun des témoignages de Vétérans recueillis (dont le mien relatant les expériences et l’état de santé de nombre d’entre eux), ne reconnaît que d’hypothétiques effets. Comment les rapporteurs peuvent-ils l’affirmer en l’absence d’études médicales sur la santé des Vétérans depuis leur participation aux essais ni sur leur descendance ? Voudraient-ils nous faire croire que l’interdiction des essais, dont la nocivité n’est plus à démontrer, ne s’appliquerait pas à la France ? Dans quel but ? La cécité française, comme avec Tchernobyl, atteint des sommets. Pourtant depuis 1988, une loi américaine a reconnu cette dangerosité, en instituant une présomption d’origine pour ceux qui ont assisté aux expériences nucléaires. Le nombre de type de cancers répertoriés s’élève à dix-neuf et les zones à risques sont situées dans un périmètre de 700 km de rayon autour du point zéro.
Pour faire éclater la vérité, les vétérans des essais nucléaires et leur famille se sont constitués en association (l’AVEN) le 9 juin 2001 qui pourrait concerner plus de 80 000 personnes décédées ou vivantes. En Polynésie et au Sahara, deux associations viennent aussi de se créer ainsi qu’un réseau international (Américains, Anglais, Australiens...) L’AVEN, dont le président est un ancien médecin-chef, le docteur Jean-Louis Valatx, a déjà effectué une enquête auprès de plus de 400 personnes. Elle indique que la fréquence des pathologies, en particulier cancéreuses, est supérieure (près du double) chez les Vétérans à celle de la population générale du même âge. Au vu des ces résultats partiels, une étude épidémiologique rétrospective de l’ensemble des personnels civils et militaires et leurs familles devrait absolument être entreprise. D’ores et déjà, trente trois députés ont apporté leur soutien à cette demande soit en déposant une proposition de loi (trois députés Verts et tout récemment les députés et sénateurs communistes), soit par écrit : cinq socialistes, deux UMP et un UDF. · plusieurs reprises, depuis 1994, les élus du PCF avaient réclamé une commission d’enquête, toujours refusée par le gouvernement de droite ou de gauche.
Les Vétérans formulent plusieurs demandes : le recensement des personnels civils et militaires et des entreprises sous-traitantes concernés. La levée du secret défense sur les dossiers médicaux des Vétérans et de leurs ayants droit. La présomption d’origine des maladies radio-induites à définir par une législation appropriée et qui ne se limite pas aux seuls cancers. La constitution d’un observatoire de la santé dont la composition devra être paritaire. La création d’un fonds d’indemnisation et d’un droit à pension pour les personnels et leurs ayants droit.
(*) Vice-président de l’Association des vétérans des essais nucléaires
(1) Voir le livre de Bruno Barrillot "L’héritage de la Bombe" Observatoire des armes nucléaires françaises, 187 montée de Choulans 69005 LYON (18 euros + frais de port 3,20 euros)
1 in : Sud-Ouest, 29/04/2005 :
Le combat des irradiés
BILLERE (64) - L'Association des vétérans des essais nucléaires est dorénavant représentée dans le département. Elle regroupe une trentaine d'adhérents.
Lorsqu'il était jeune, Patrice Pfeffer a participé en tant que membre de la Marine nationale à trois campagnes d'essais nucléaires. Cela se passait à Mururoa, entre 1969 et 1973. Ce Billérois de 54 ans est aujourd'hui invalide à 80 %. Ces jours derniers, il a supervisé dans sa commune la première rencontre départementale de l'AVEN. Traduisez l'Association des vétérans des essais nucléaires. Un organisme comptant une trentaine d'adhérents dans les Pyrénées-Atlantiques, et 2 500 au niveau national. Tous militent pour que l'Etat prenne ses responsabilités vis-à-vis des personnes qui ont été exposées aux expérimentations nucléaires. Ce qui les amène aujourd'hui à demander un recensement des civils et militaires ayant participé à des tests au Sahara et dans le Pacifique; mais aussi un accès à leurs dossiers médicaux, et... une reconnaissance officielle. Sans oublier la création d'un fonds d'indemnisation et de pension pour les victimes et leurs ayant-droits.
« Le secret-défense est encore prévu pour vingt ans, mais les nouveaux cas sont mensuels. Combien y aura-t-il de plaignants en 2020 ? », s'interroge le collectif.
Certains membres sont persuadés d'avoir contaminé leurs enfants, la plupart d'entre-eux étant stériles ou malades, comme Marie Pietzak : « Mon mari est mort d'un cancer dans d'atroces souffrances après avoir été exposé à Tahiti. Quand il en est revenu, mon fils avait 3 ans. Il est toujours malade depuis. »
Difficile bataille. La prise de conscience n'est pas nouvelle. En 1996, une association des anciens du Sahara, depuis intégrée à l'Aven, avait été créée par Roland Weil.
Lors de la première explosion atomique dans le Sahara, en 1960 à Reggane, ce dernier effectuait son service militaire en tant que radio. « Une heure après l'explosion, on m'a envoyé au point zéro, à l'endroit même où la bombe avait été posée. Je suis malade depuis. Mais je n'ai jamais eu de reconnaissance de l'Etat; et je viens de perdre en appel... », dit-il, amer et déçu.
D'autres veulent des preuves médicales, comme le jeune Leny Paris. Engagé volontaire entre 1990 et 1991, il travaillait dans une base de missiles sol-sol, sur le plateau d'Albion, dans le Sud-Est de la France (son combat avait été relaté en septembre dernier dans nos pages). Aujourd'hui, il tempête : « On admet que je suis irradié, mais ce que je veux, c'est mon dossier dosimétrique journalier ! »
Qu'ils soient militaires, épouses de militaires ou veuves, chaque adhérent a sa propre histoire. Tous ont une douleur commune, et ont le sentiment d'avoir été sacrifiés, comme si le matériel nucléaire testé importait plus que leurs vies. Aujourd'hui, le partage de leur impuissance au sein de l'Aven redouble l'espoir d'être un jour entendus.
Aven Pyrénées-Atlantiques, 3, impasse Jules Ferry à Billère. Renseignements auprès de Patrice Pfeffer au 06.09.91.17.02 ou sur le site www.aven.org
2 Essais nucléaires: une expertise demandée pour un ancien militaire
13/04/2005 - Le tribunal des pensions de Saint-Brieuc a ordonné mercredi une expertise médicale pour un ancien militaire qui demande une pension d'invalidité affirmant avoir été contaminé lors des essais nucléaires français dans le Pacifique, a-t-on appris de source judiciaire.
Un ancien appelé du contingent, qui avait fait la même demande, a de son côté été débouté, selon la même source.
Le tribunal a jugé recevable la demande de pension d'invalidité de Joseph Romain, 69 ans, ancien électronicien à bord d'un bâtiment de la Marine, sous réserve d'une expertise médicale confiée à un médecin qui devra déterminer si son cancer de la peau est imputable à son service dans la Marine.
L'ancien militaire était sur le site des essais nucléaires entre 1966 et 1970. Il est tombé malade en 1985, et a subi jusqu'à présent 14 interventions chirurgicales liées à son cancer de la peau.
Un autre plaignant, André Dayot, 58 ans, qui avait fait son service militaire dans le Pacifique au même moment, a quant à lui été débouté de sa demande de pension d'invalidité. Il souffre du même type de cancer de la peau que M. Romain, mais son taux d'invalidité n'a pas été suffisant par le tribunal pour prévoir une pension.
Leur avocat avait plaidé à l'audience, le 23 mars dernier, que "cette pathologie rare a touché deux personnes qui se trouvaient au même moment sur un site d'essais atomiques. Il y a un lien manifeste entre ce type de pathologie et les rayons ionisants".
Les deux plaignants étaient soutenus par l'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN).
Le 15 février dernier, le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine avait déjà ordonné une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon elle, par sa participation à une campagne d'essais nucléaires à Mururoa.
3 in : L'Express, 14/03/2005:
Les cancers de Mururoa
Une étude soulève à nouveau la question des conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes
Les Polynésiens tiennent peut-être là l'une des preuves qu'ils attendaient. Dans une récente étude, des chercheurs de l'Institut Gustave-Roussy et de l'Inserm ont comparé le risque de voir apparaître des malformations chromosomiques chez 50 «métropolitains» et 30 patients polynésiens atteints de cancer de la thyroïde. Ces résultats, publiés dans le dernier numéro de l'European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, sont sans appel: ce taux est trois fois supérieur dans le deuxième groupe. «Sans exclure d'autres facteurs, on ne peut pas ne pas penser aux essais nucléaires», constate Dominique Violot, l'un des auteurs de l'étude. D'autant que ce type de malformation est souvent consécutif à une exposition à la radioactivité, et que ce soupçon n'est pas isolé. «Nous savons déjà que le taux de cancers de la thyroïde est deux fois plus élevé dans la population polynésienne que chez les Maori ou les Hawaïens», analyse Florent de Vathaire, épidémiologiste à l'Inserm et coauteur de l'étude.
Entre 1966 et 1996, date du dernier essai nucléaire, les lagons polynésiens de Mururoa et de Fangataufa se sont troublés 193 fois. Une puissance équivalant à 700 fois la bombe d'Hiroshima. Reste maintenant à prouver que ce n'était pas sans conséquences pour les 250 000 Polynésiens qui vivent aux alentours. «Nous avons réalisé une étude pour analyser précisément ce lien, affirme Florent de Vathaire, les résultats arriveront dans six mois.» Ce sera peut-être alors l'épilogue scientifique d'une histoire vieille de quarante ans. Et son envol judiciaire.
4 Essais nucléaires: expertise à la suite de la plainte d'une veuve de militaire
15/02/05 - Le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine a ordonné mardi une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon elle, par sa participation à une campagne d'essais nucléaires à Mururoa, a-t-on appris de source judiciaire. Le mari de la plaignante, Mme Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.
Mme Le Souder demande que le décès de son mari soit reconnu comme une conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne, qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. Cette reconnaissance lui donnerait droit à une pension d'invalidité. Le tribunal, qui avait examiné cette plainte le 11 janvier, a estimé qu'il ne disposait pas des éléments permettant "d'affirmer la cause précise et éventuellement exclusive du décès". Il a ordonné une mesure d'expertise, confiée à deux médecins de Rennes. Ces derniers ont huit mois pour rendre leur rapport. "Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", avait plaidé l'avocat de la défense lors de l'audience publique du 11 janvier.
Le commissaire au gouvernement avait fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires. Le ministère de la Défense a rappelé en septembre que des tests nucléaires en atmosphère avaient eu lieu de 1962 à 1975 - en Polynésie et dans le Sahara - et que les "mesures de protection des personnes à l'époque étaient sérieuses, étayées, adaptées aux risque et conformes à la législation" à l'époque en vigueur. Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
5 in : Nouvel Obs, 13/01/2005:
Essais nucléaires: plainte examinée
Le tribunal des pensions de Rennes a examiné mardi 11 janvier la plainte de la veuve d'un militaire mort d'un cancer du poumon lié, selon elle, à la présence de son époux à Mururoa lors d'une campagne d'essais nucléaires, a-t-on appris auprès de l'avocat de la plaignante, Me Jean-Paul Teissonière. L'affaire a été mise en délibéré au 15 février.
Le mari de la plaignante, Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.
Me Teissonière a demandé que le décès du militaire, qui n'était pas fumeur, a-t-il précisé, soit reconnu comme la conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. La veuve demande une revalorisation de sa pension.
Pas de lien
"Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", a plaidé l'avocat de la défense.
Le commissaire du gouvernement a fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires.
Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 à Paris pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
L'enquête contre X vise des faits d'"homicide involontaire", "atteinte involontaire à l'intégrité physique ayant causé une incapacité totale de travail de plus de trois mois ou n'excédant pas trois mois".
6 in : Paris Normandie, 27/12/2004 :
Ces malades du nucléaire
Des Normands, présents en Polynésie ou au Sahara algérien lors des premiers essais nucléaires, souffrent de maladies graves. Ils veulent comprendre.
Voilà trois ans que les vétérans du nucléaire se battent pour la reconnaissance de certaines maladies graves, cancer notamment, qu'ils estiment avoir contractées lors des campagnes d'essais français. Plus de 200 essais nucléaires ont, en effet, été menés entre 1960 et 1996, par l'armée française au Sahara algérien et en Polynésie. Et certains vétérans considèrent que des « dysfonctionnement se sont alors produits. » Une première victoire est enregistrée par leurs associations « AVEN » et « Moruroa e tatou » qui rassemblent cinq mille adhérents en France. Le Fécampois Jean-Claude Duchateau, président de la section « Aven » de Haute-Normandie (plus d'une centaine de membres) se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire pour enquêter sur les conséquences des essais.
« Un premier pas important ! »
Le responsable haut-normand de l'association, qui a passé deux ans en Polynésie, avait été frappé, en 1986, par un cancer des ganglions lymphatiques.
Sur les bords de Seine, à Duclair, Pierre Le Borgne veut savoir. Ancien maître électricien dans la marine nationale, il soigne aujourd'hui sa thyroïde, et s'interroge sur ses problèmes de santé, d'autant qu'il a eu le « triste privilège » d'être probablement le seul marin à avoir connu les premiers essais des deux bombes, « A » et « H ».
L'armée, famille nucléaire
Jean Lecardonnel, 58 ans, vétéran des essais atteint de leucémie
Printemps 1970 Un vaisseau amiral de la marine française, le De Grasse, mouille au large de Mururoa (Polynésie). Les marins sont sur le pont. Parmi eux, Jean Lecardonnel, 24 ans, officier de transmission. Tous ont les yeux levés vers le ciel. Ils fixent un ballon dirigeable auquel est arrimée une bombe. C'est un essai nucléaire. Depuis le navire, un déclencheur radioélectrique provoque l'explosion. Une boule de feu monte dans le ciel. Les marins, seulement protégés par une paire de lunettes, font route vers le point zéro de l'explosion. Ils y effectuent des prélèvements dans l'eau. A mains nues. Ce scénario, Jean Lecardonnel le vivra six fois. La distance le séparant de la bombe varie entre 1 et 65 km.
Fin juin 2003 Jean Lecardonnel, retraité depuis 1982, ressent « une grosse fatigue ». Il est hospitalisé. Diagnostic : une leucémie.
24 septembre 2003 Le professeur de médecine chargé des soins de l'ancien militaire écrit : « L'interrogatoire professionnel a permis de relever (...) que deux agents peuvent être incriminés. Une exposition au benzène et une exposition aux radiations ionisantes. »
Fin 2004 Jean Lecardonnel a perdu plus de 60 kilos en un an, de 137 à 75 kilos. Son teint est cireux, il semble fatigué, mais son regard est franc et son vocabulaire précis. Lorsqu'on lui demande s'il en veut aux autorités françaises, il rétorque sans ciller : « On ne peut pas en vouloir à ceux qui ne savaient pas. » Il sort une photo de l'époque. Le ministre de l'Intérieur, Michel Debré, est sur le pont du De Grasse, juste après l'explosion, en bras de chemise. « Personne ne connaissait les risques, la preuve. » Il reste si fidèle au drapeau qu'il refuse aujourd'hui encore de dévoiler le contenu, même le plus anodin, des transmissions radio dont il avait la charge.
Ce que demande Jean Lecardonnel comme des dizaines d'autres « irradiés pour la France », c'est une reconnaissance. Celle de la maladie professionnelle. « C'en est une. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les médecins. » Ministre des Armées de 1960 à 1969, Pierre Messmer a récemment admis sur un plateau télé « les imprudences » de la France à l'égard de ses militaires lors des essais.
A savoir :
Michèle, sa femme, rencontrée en 1983
« Quand il est entré en milieu stérile pour ses soins, je lui ai dit : "Tu vas t'embarquer, tu es dans la cabine d'un bateau, on ne sait pas pour combien de temps". A la maison on est très marine. Je m'intéresse à son passé, c'est ce qui l'a construit, qui fait ses qualités, sa rigueur. »
« Nous demandons une reconnaissance de responsabilité de la France et des réparations. Il leur faut aussi un suivi médical réalisé par une structure indépendante. Pour eux, leurs enfants et leurs petits-enfants qui peuvent aussi être atteints. »
8 Ouverture d'une information judiciaire sur les essais nucléaires français
(Le délai inhabituel entre le dépôt de plainte et l'ouverture de l'instruction - près de dix mois - souligne l'embarras du ministère de la défense qui devra justifier son discours irréaliste sur des essais nucléaires français "particulièrement propres".)
PARIS (29/09/2004) - Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicides involontaires" et "atteinte à l'intégrité physique" suite au dépôt d'une plainte en novembre 2003 des victimes des essais nucléaires français effectués entre 1960 et 1996 dans le Sahara et en Polynésie, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires. L'enquête, ouverte le 20 septembre dernier, a été confiée à deux juges du Pôle de Santé du tribunal de grande instance de Paris, Anne Auclair-Rabinovitch et Anne-Marie Bellot. L'information judiciaire ne vise que les faits les plus récents, les essais nucléaires du Sahara, notamment, étant trop anciens pour faire l'objet de poursuites, a-t-on précisé de sources judiciaires. Le nombre de victimes concernées par l'enquête est donc inférieur au nombre de personnes ayant porté plainte.
Fin novembre 2003, deux associations et onze victimes des essais nucléaires français avaient déposé une plainte à Paris. Les plaignants, civils et militaires ayant été exposés aux essais nucléaires atmosphériques ou souterrains menés dans les années 60 dans le Sahara algérien, puis en Polynésie, souffrent tous de pathologies graves liées à cette irradiation massive.
Les familles de deux personnes décédées se sont jointes à leur action, ainsi que l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) et l'Association Moruroa e tatou qui comptent plus de 5.000 adhérents. Une association algérienne est en cours de constitution. Ses membres n'ont pas obtenu de visas pour venir en France. "Les autorités militaires et civiles françaises en charge des expériences nucléaires n'ignoraient pas les risques auxquels elles exposaient les personnels civils et militaires chargés de procéder à ces expériences, les populations vivant à proximité des lieux de ces expériences", notait la plainte.
On estime à 150.000 le nombre de personnes qui ont assisté aux 210 essais nucléaires français. Une première étude médicale réalisée par les associations sur 720 vétérans montre que 30% d'entre eux sont atteints de cancers, contre 17% de la population nationale du même âge. Médecins du Monde a lancé une nouvelle étude en Polynésie.
Le nouveau Gouvernement de Polynésie française s'engage aux côtés des victimes des essais nucléaires
Siège : 403 Boulevard Pomare
Papeete Tahiti
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
A l'occasion du 38ème anniversaire de la première bombe à Moruroa (2 juillet 1966) les représentants de l'association Moruroa e tatou ont rencontré le nouveau président de la Polynésie française, M. Oscar Manutahi Temaru.
Le 2 juillet, Mme Chantal Florès Tahiata, vice-présidente de l'Assemblée, a reçu dans la salle des conférences de l'Assemblée de Polynésie le conseil d'administration de Moruroa e tatou qui a tenu une conférence de presse devant les médias locaux et plusieurs journalistes étrangers et la participation de plusieurs invités.
Le 3 juillet, près de trois cents anciens travailleurs de Moruroa se sont retrouvés dans les locaux de la paroisse d'Arue (Tahiti) pour l'assemblée générale de l'association Moruroa e tatou qui compte à ce jour plus de 3700 membres.
10 Création d'un « Observatoire de la santé des vétérans »
Le ministère de la défense vient, par décret du 10 juin 2004, de créer un « Observatoire de la santé des vétérans » qui a pour objectif « d'améliorer la prise en charge médicale des militaires et des anciens militaires ». Outre le fait que le ministère de la défense dispose déjà du Service de santé des armées et de la Direction des pensions pour ces personnels, on imagine guère que cet Observatoire puisse assurer le suivi sanitaire des vétérans des essais nucléaires comme l'annonçait régulièrement la ministre de la défense en réponse aux questions des parlementaires.
L'association Moruroa e tatou regroupant les anciens travailleurs polynésiens des sites nucléaires du Pacifique et l'association des Vétérans des essais nucléaires (AVEN) rappellent que les personnels concernés par les essais nucléaires n'étaient pas uniquement des militaires et des appelés du contingent mais aussi des civils : personnels du Commissariat à l'Energie Atomique ou d'entreprises sous-traitantes, personnels recrutés localement (Algériens, Polynésiens), sans oublier les populations voisines des anciens sites d'essais au Sahara comme en Polynésie.
Cet Observatoire, créé par voie réglementaire, n'a pas fait l'objet d'un débat. Pourtant, depuis le 17 janvier 2002, une proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nucléaires a été déposée au Parlement - et redéposée au début de la nouvelle législature -, soutenue actuellement par 36 députés et 22 sénateurs, appuyée par de nombreux conseillers généraux, régionaux et maires et par l'ensemble des élus de la nouvelle majorité de l'assemblée territoriale de Polynésie française.
Cette proposition de loi - qui n'a toujours pas été inscrite à l'ordre du jour du Parlement - prévoit une « commission nationale de suivi des essais nucléaires » composée de représentants des ministères concernés, de représentants du Parlement et des représentants des associations concernées.
« La création de l'Observatoire de la santé des vétérans - organisme dépendant du ministère de la défense, soumis au secret défense ne correspond en aucune façon aux demandes des associations, déclare le Dr Jean-Louis Valatx, président de l'AVEN. La composition de cet Observatoire est même en retrait par rapport aux déclarations du Président Jacques Chirac du 25 juillet 2003, à Papeete, annonçant la création d'un « suivi interministériel » sur les conséquences sanitaires des expérimentations nucléaires assurant la liaison avec les personnes et les associations concernées. En décembre 2003, à la demande du ministère de la défense, les deux associations ont renouvelé leurs propositions qui n'ont pas été manifestement prises en compte. »
Moruroa e tatou et l'AVEN, confrontées aux graves problèmes de santé des anciens personnels des essais, réitèrent leur demande de mise à l'ordre du jour des débats parlementaires de la proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nucléaires et la mise en place d'une véritable concertation avec les organisations concernées. Les deux associations attendent également avec impatience la désignation d'un juge d'instruction pour la plainte contre X qu'elles ont déposée auprès du Doyen des Juges d'Instruction de Paris en décembre 2003 pour « abstention délictueuse, administration de substances nuisibles, homicide involontaire et atteinte à l'intégrité physique ».
Dr Jean-Louis Valatx, président de l'AVEN
M. Roland Pouira Oldham, président de Moruroa e tatou
M. Bruno Barrillot, Observatoire des armes nucléaires
11 Communiqué de l'association Moruroa e Tatou,
l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires
et l'Observatoire des armes nucléaires.
Décès d'Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa
Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa, qui était venu témoigner à Paris le 28 novembre 2003 à la conférence de presse au Sénat, est décédé dimanche 22 février à Atuona (Iles Marquises). Atteint d'une leucémie qui s'était déclarée en novembre 2000, Alfred avait travaillé sur les sites d'essais nucléaires de Moruroa et de Fangataufa de 1968 à 1979 et notamment sur des sites contaminés à la suite des explosions nucléaires atmosphériques.
Alfred Pautehea était un membre actif de l'association polynésienne Moruroa e tatou (Moruroa et nous) qui regroupe près de 3000 anciens travailleurs polynésiens des sites nucléaires. Il était à l'origine de la création d'une section de Moruroa e tatou dans l'île de Hiva Oa (Marquises).Le 28 novembre, Alfred Pautehea au nom de l'association Moruroa e tatou et plusieurs vétérans français de l'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) avaient déposé plainte contre X auprès du doyen des Juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris. Les associations attendent encore aujourd'hui, avec impatience, la nomination d'un juge d'instruction qui verra enfin la justice prendre en charge le dossier effarant des conséquences sanitaires des essais nucléaires français.
Alfred Pautehea, ancien travailleur polynésien de Moruroa et Fangataufa
« J'ai travaillé successivement pour le Génie de l'Air et les entreprises sous-traitantes SOFEL, SEGT et SOGEPA de 1968 à 1979.12 in : Libération du 29/11/03
Essais nucléaires français: des vétérans devant la justice
Pour la première fois, des vétérans des essais nucléaires français ont déposé vendredi soir une plainte contre X pour homicide involontaire, atteinte à l'intégrité des personnes et administration de substances nuisibles. Nombre d'entre eux souffrent de maladies, en particulier de cancers, comme Libération le racontait dès janvier 2002. «Nous voulons faire reconnaître la responsabilité de l'Etat», indique le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui revendique deux mille adhérents.
«Faire la lumière». Onze anciens employés civils ou militaires, ainsi que deux associations, l'Aven et son homologue polynésienne, Moruroa e Tatou, se sont associés pour déposer cette plainte auprès du tribunal de grande instance de Paris. «Le but de cette procédure est de demander aux institutions judiciaires de faire la lumière sur ce qui s'est passé de 1960 à 1996», explique leur avocat, Me Jean-Paul Teissonnière. Il pointe «une succession de dysfonctionnements, d'erreurs, de négligences et de choix aberrants qui a conduit à des irradiations».
Une enquête conduite par l'Aven auprès de 720 de ses membres indique que 30 % d'entre eux souffrent de cancers, le double de la moyenne dans cette classe d'âge. En termes statistiques, les résultats de cette enquête doivent être pris avec prudence, car rien n'indique que l'échantillon soit représentatif. Faute d'études épidémiologiques au niveau national, on ne dispose d'aucune donnée fiable sur la santé des vétérans des essais.
«Environ 150 000 personnes ont participé aux 210 essais nucléaires français», affirme le chercheur Bruno Barrillot, qui publie un livre sur «les Irradiés de la République» (1). Sur ces 210 essais, une cinquantaine ont eu lieu dans l'atmosphère, dans le Sahara et le Pacifique.
En juillet, lors de sa visite officielle en Polynésie française, Jacques Chirac avait annoncé la création d'un «comité de suivi» de la santé des anciens du nucléaire. Ce comité, copiloté par les ministères de la Santé et de la Défense, devrait voir le jour «dans les prochaines semaines», explique un proche du dossier. Dans un premier temps, il devrait procéder à un état des lieux, sans exclure la possibilité d'une étude épidémiologique.
Doses. Selon les données dont dispose le ministère de la Défense, «de l'ordre d'une centaine» de personnes ont été exposées à des «doses significatives» de rayonnements dans le Sahara et «moins d'une dizaine» en Polynésie. Une dose «significative» est supérieure à 50 millisieverts, c'est-à-dire le maximum que peut recevoir un travailleur du nucléaire. Dans le Sahara, lors de l'accident Béryl du 1er mai 1962, des doses de 600 millisieverts ont été reçues. Dans le Pacifique, un pilote qui traversait le champignon atomique pour des prélèvements en avait reçu 180. L'un des problèmes rencontrés par les vétérans est que leur dossier, libre d'accès grâce à la loi Kouchner de mars 2002, ne contient pas de relevés de dosimétrie. Négligence, désorganisation ? Quoi qu'il en soit, depuis un an, la justice a donné raison à trois vétérans malades, qui demandaient des pensions militaires d'invalidité. Au bénéfice du doute.
(1) Bruno Barrillot, les Irradiés de la République. Editions Complexe-Grip-Cdrpc
13 Essais nucléaires : Les victimes irradiées portent plainte contre l'Etat
SAHARA, 1963. La France a commencé ses essais nucléaires en Afrique du Nord au début des années soixante. Aujourd'hui, les victimes des radiations porteront plainte pour « homicide involontaire » .
C'EST UNE PREMIÈRE. Ce matin, les associations des victimes des essais nucléaires français, qui regroupent 1 200 personnes, déposeront plainte devant le tribunal de Paris pour « homicide involontaire » et « atteinte à l'intégrité physique par imprudence ». « Nous attendons que l'Etat reconnaisse sa responsabilité dans les manques de précaution et la contamination des personnels des sites d'essais », explique M e Jean-Paul Tessonnière, l'avocat des victimes. Avant ce dépôt de plainte, des élus de Polynésie, des anciens travailleurs du nucléaire, tiendront une conférence de presse au Sénat pour exprimer ce qu'ils ont vécu. Ils parlent de populations enfermées dans des abris antiatomiques gardés, de fuite de produits radioactifs, de cancers prématurés, de naissances de bébés mal formés.
Cancers et maladies rares
François Vignolle, Le Parisien, vendredi 28 novembre 2003.
14 in : Le Télégramme de Brest 17/11/03
Nucléaire. Les vétérans sortent de leur silence
Alors que les ravages de l'amiante éclatent au grand jour, un autre scandale, longtemps « Secret défense », sort peu à peu des limbes de l'Histoire récente. Entre 1960 et 1998, au Sahara puis en Polynésie, l'armée française s'est livré à 200 essais nucléaires. Cancers, maladies cardio-vasculaires... décimeraient aujourd'hui les vétérans de ces essais.
Ils viennent de créer l'Aven (*).
Les Etats-Unis reconnaissent, depuis 1998, une vingtaine de cancers directement liés à leurs essais nucléaires. « Pourquoi la France ne veut-elle pas donner les mêmes droits à ses vétérans ? », interroge Pierre Marhic, Jean-Henri Bouffard et Jacques Dezetter, membres de l'Association nationale des vétérans victimes des essais nucléaires.
154.700 personnes concernées
Dans le désert du Sahara, 17 essais nucléaires furent réalisés par l'armée française entre 1960 et 1966 avant qu'elle ne choisisse le site de l'atoll de Mururoa, pour 193 autres (dont 46 atmosphériques), entre 1966 à 1996 (le site est aujourd'hui encore interdit d'accès). Cent cinquante mille personnels - militaires ou membres du commissariat à l'énergie atomique - ainsi que 4.700 travailleurs polynésiens, auraient ainsi été exposés, sans protection particulière, à des doses radioactives importantes. « Plus l'irradiation est importante, plus les effets sont retardés », pointe Jacques Dezetter. Depuis une quinzaine d'années, d'alarmantes pathologies se déclarent, selon eux, chez de nombreux vétérans.
Cancers du sang, tumeurs...
Las « du mépris des autorités militaires », quelques-uns d'entre eux viennent donc de créer une association, dont le siège est situé à Bohars (29). « Aucun gouvernement ne s'est penché sur le suivi médical des vétérans. 37 % d'entre eux sont aujourd'hui atteints de maladies diverses; cardio-vasculaires, endocriniennes, ophtalmologiques ».
Les cancers sont aussi, selon eux, légion : « Chez les vétérans et les anciens travailleurs polynésiens, les cancers du sang, ainsi que des tumeurs malignes comme les lymphomes ou les myélomes sont trois fois plus élevés que la moyenne française ». Une adhérente raconte encore le calvaire de sa fille, née avec trois chevilles. « Des fausses couches, des malformations congénitales ont été constatées dans les familles de vétérans ».
Droit aux soins gratuits et à l'information
L'Aven va maintenant militer pour, notamment, l'obtention de la carte de soins gratuits pour les vétérans et leurs descendants, un suivi médical permanent et gratuit, l'attribution de pension de réversion à 100 % pour les veuves et orphelins, le versement de pension d'invalidité, le droit à l'information et l'accès aux dossiers médicaux...
Ainsi que sa participation aux travaux de l'observatoire de la santé des vétérans.
Michel Alliot Marie, ministre de la Défense, en a, en effet, annoncé la création. Selon l'Avven, aucun représentant d'associations n'est encore prévu au sein des comités directeur et scientifique de cet observatoire. Simple oubli sans doute.
06.63.76.68.56 ou 02.98.47.02.84.
15
Victimes présumées de radiations, les "vétérans" des essais nucléaires français
au Sahara et en Polynésie se mobilisent.
Peut-on mourir de loyauté ? Non, bien sûr. Ce sont les cancers - d'abord un cancer du cavum (cavité interne du nez), puis du sinus, puis des poumons -, qui ont emporté Bernard Ista, 67 ans, ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le 1er février 1998. Sur la photo, posée dans un coin du salon, on voit un bel homme, le cheveu brun, l'air énergique. "Il faisait partie de cette génération, née avant-guerre, qui avait conscience de participer à une aventure extraordinaire qui allait faire la grandeur de la France", souligne Danielle, sa veuve. Aucune ironie dans la voix. Un brin d'amertume, c'est tout. Les souvenirs du général Charles Ailleret - l'officier chargé de démarrer les premiers essais nucléaires français au Sahara - ne s'intitulent-ils pas, précisément, L'Aventure atomique française (Grasset, 1968) ?
"Hourra la France !", s'écrie le général de Gaulle, le 13 février 1960, en saluant la première explosion saharienne effectuée dans la région de Reggane (sud de l'Algérie). "Bernard y était, note Danielle Ista. Il a fait tous les tirs. Mais, dans ses lettres, il ne nous parlait pas de son travail. Jamais. J'ai appris bien plus tard que cela faisait partie des consignes." Elle-même, sur le coup, ne s'inquiète de rien. Même l'accident de Béryl - du nom du deuxième essai souterrain dans le Sahara -, le 1er mai 1962, ne lui laisse aucun souvenir. "Quand, bien après, j'ai entendu Bernard et ses collègues évoquer cette histoire, ça ne m'a pas affolée. Ils en parlaient comme d'un incident un peu ridicule, un raté technique, raconte-t-elle. Avec le recul, je me rends compte à quel point ils étaient conditionnés. Mon mari a toujours pensé que la sécurité maximale était assurée. Il disait : "Nous, on n'est pas comme les Américains ! On fait ça proprement !" Il avait toute confiance dans le savoir-faire des équipes. Pour lui, c'était une évidence : s'il y avait eu le moindre danger, la France ne les aurait pas exposés."
Jacques Muller, alors jeune militaire, était également sur place lors du "raté technique" de Béryl, le 1er mai 1962, dans la région d'In-Eker. Ce jour-là, se souvient-il, c'est "en short et chemisette" qu'il assiste au "spectacle": "La montagne blanchit, le sol ondule. Pour moi, c'est très beau, cette flamme rouge et noire qui sort de la montagne (...). Le "Venez voir, c'est beau, vous ne risquez rien !" m'empêche de réagir, et je ne suis pas le seul." Le soldat met plusieurs secondes avant de réaliser que ce qu'il voit n'est pas normal : "Le nuage nucléaire est sorti de la montagne."C'est la panique. "Officiels, civils, curieux, tout le monde court, se véhicule, se sauve vers la base-vie - sauf peut-être les appelés, qui attendent les ordres."Le nuage atomique, lui aussi, se déplace. Tranquillement. Mortellement. Le ministre de la recherche scientifique et des affaires atomiques, Gaston Palewski, présent lors de cet accident, succombera à une leucémie en 1986. Plus chanceux, le ministre des armées, Pierre Messmer, s'en tirera sain et sauf. Bien que "fortement irradié", il a été, dit-il, "très bien soigné".
Jacques Muller, aujourd'hui militant de l'Association des vétérans des essais nucléaires français (AVEN), a du mal à en dire autant. Son témoignage, livré en janvier 2002, lors d'un colloque à Paris, a été publié, avec une dizaine d'autres, dans Les Essais nucléaires et la santé (édité par le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, CDRPC, Lyon, juillet 2002). Devenu aveugle, l'ancien militaire de carrière est convaincu que sa cécité est la conséquence de l'accident du 1er mai 1962. Mais comment le prouver ? Toutes les opérations de tirs nucléaires de l'époque restant classées "secret-défense", le ministère des armées "lui répond invariablement que sa cécité est "non imputable au service" et qu'aucune pièce de son dossier médical ne figure dans les archives militaires", résume Bruno Barrillot, dans L'Héritage de la bombe(Edition du CDRPC, 2002).
Ya-t-il eu d'autres "ratés" au Sahara ou par la suite en Polynésie - où le dernier tir a eu lieu en 1996 ? Militant pacifiste, Bruno Barrillot, ancien prêtre à Lyon et principal animateur de l'Observatoire des armes nucléaires françaises, en est persuadé. Outre l'accident de Béryl, les autorités reconnaissent, en 1981, devant l'Assemblée nationale, par la voix de Charles Hernu, alors chargé du portefeuille de la défense, que les "déchets d'une explosion nucléaire" ont été "dispersés", en mars de cette même année, sur l'atoll de Mururoa, à la suite d'un cyclone, "créant une situation radiologique nouvelle".
Deux accidents en trente-six ans ? Deux accidents seulement, pour l'ensemble des 210 essais nucléaires français effectués au Sahara (de 1960 à 1966) puis en Polynésie (de 1966 à 1974, puis de 1975 à 1996) ? Au siège parisien du CEA, on confirme ce bilan : "A posteriori, en examinant l'ensemble des données, j'ai le sentiment que tout a été fait de manière très professionnelle et que cela a conduit à une protection efficace des populations et des personnels", explique le docteur Anne Flüry-Herard, chercheuse au CEA. "Les anciens n'ont peut-être pas été parfaits, mais ils ont fait de leur mieux", renchérit son confrère Jean-Michel Giraud, conseiller médical au CEA - au sein duquel seulement "une dizaine de maladies professionnelles" ont été reconnues chez des personnes "ayant participé aux essais nucléaires".
Côté militaire, sur cinquante-sept demandes de pension d'invalidité, douze ont, à ce jour, été accordées, nous a précisé le médecin-colonel Frédéric Poirrier, du service de santé des armées. "De nombreuses demandes ont été rejetées pour défaut de preuve, précise le docteur Poirrier. Cette constatation peut s'expliquer sans doute par le fait que la preuve de la contamination n'a pas toujours été rapportée avec certitude. Et, quand bien même celle-ci a été établie, il n'est pas toujours possible d'établir un lien de causalité entre le fait et l'affection d'apparition tardive, souvent plusieurs années après." Tout en pesant ses mots, Mme Flüry-Herard (CEA) se veut optimiste pour l'avenir : "Globalement, il ne devrait pas y avoir d'excès de cancers parmi les travailleurs des sites."
Les études scientifiques de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiées toutes deux en 1998, vont dans le même sens. Les traces de radioactivité détectées sur les atolls de Mururoa et Fangataufa ne seront d'"aucune conséquence sur la santé humaine", conclut l'AIEA. "Aucune augmentation significative de l'incidence des cancers" n'a pu être relevée, du moins "dans les îles et atolls situés à moins de cinq cents kilomètres de Mururoa", ajoute l'Inserm - à deux réserves près : le constat d'une incidence "plus importante" des cancers de la thyroïde et le souhait qu'une étude similaire puisse être conduite ultérieurement, lorsque les "sujets" observés, "qui étaient enfants durant les tirs atmosphériques (...), seront plus âgés".
16 Libération jeudi 24 janvier 2002 Les soldats français irradiés «proprement»
PARIS, 23 jan (AFP) Essais nucléaires français : Des effets "dérisoires" (rapport parlementaire)
Chirac remercie la Polynésie de sa contribution au nucléaire
Voir: "Dans le secret du Paradis", 60 mn en Realvideo 33Kb
Ce film réalisé par les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin met en avant les conséquences sur la personne des explosions nucléaires menées par les autorités françaises au Sahara (Regane et In Eker) et en Polynésie (Moruroa et Fangataufa). Une période qui court du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 et couvre 210 essais nucléaires, aériens ou souterrains.
TAHITI (27 juillet 2003) - Sept ans après l'arrêt des essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa, qui continuent de susciter la controverse dans le Pacifique Sud, Jacques Chirac a exprimé samedi la reconnaissance de la France à la Polynésie française, affirmant que la République "n'oubliera jamais".
"La Polynésie française a participé de manière déterminante à la Défense nationale et à la Sécurité extérieure de la France, qui ne l'oubliera jamais", a déclaré le chef de l'Etat lors d'un discours au siège du gouvernement de Polynésie française.
"A partir de 1960, comme l'avait voulu le général de Gaulle et jusqu'en 1996, le centre d'expérimentation du Pacifique a permis à notre pays de préserver sa souveraineté et son indépendance dans un monde de plus en plus dangereux", a-t-il poursuivi, sans évoquer explicitement les essais controversés de 1995 et 1996.
"Sans la Polynésie, la France ne serait pas la grande puissance qu'elle est aujourd'hui, capable d'exprimer, dans le concert des nations, une position autonome, indépendante et respectée". "La République ne l'oublie pas. C'est pourquoi j'ai souhaité la pérennisation du Fonds de reconversion de l'économie polynésienne, mis en place à la suite de l'arrêt des essais nucléaires", a-t-il ajouté.
La reprise des essais aériens sur les atolls de Mururoa et Fangataufa (archipel des Gambier), décidée par Jacques Chirac après son élection en mai 1995, avait entraîné de violentes manifestations en Polynésie et une levée de boucliers mondiale, notamment dans les pays voisins du Pacifique Sud, Australie et Nouvelle-Zélande en tête.
La France a procédé à 193 essais nucléaires en Polynésie entre juillet 1966 et janvier 1996.
Une association, Moruroa e Tatou (Mururoa et nous), créée en juillet 2001 à Papeete, milite pour le droit à l'indemnisation des anciens salariés malades ou des familles des salariés décédés, s'inspirant de la loi d'indemnisation des vétérans exposés aux radiations votée en avril 1988 aux Etats-Unis.
MANIFESTATION A PAPEETE
Faute de données précises sur l'impact sanitaire des essais, l'association a demandé à Médecins du Monde une évaluation des cas "suspects". Un médecin est attendu en octobre à Tahiti, où il restera un an pour procéder à des examens.
La France a mis en place en 1996 le Fonds de reconversion économique pour la Polynésie (Frep). Cette aide financière, qui représente près de 151 millions d'euros par an, a été pérennisée en 2002 et transformée en dotation globale illimitée au développement économique (DGDE).
17 Polynésie: les vétérans du nucléaire manifesteront pendant la visite de Jacques Chirac
PAPEETE (6 juillet 2003) - Moruroa e Tatou, association des anciens travailleurs des sites nucléaires français dans le Pacifique, organisera un rassemblement à Papeete pendant la visite de Jacques Chirac en Polynésie française, fin juillet.
La France a procédé à 193 essais nucléaires, dont 41 aériens, sur les atolls polynésiens de Moruroa (orthographiée à tort Mururoa) et Fangataufa, de 1966 à 1996. Après son élection en 1995, Jacques Chirac avait décidé d'une ultime campagne d'essais en Polynésie française, après leur suspension en 1992 par François Mitterrand.
18 Les vétérans des essais nucléaires cherchent à coordonner leurs actions en justice
19 L'Etat condamné pour l'irradiation d'un appelé en 1962 lors un essai nucléaire
La cour va faire procéder à une expertise médicale pour évaluer le préjudice global de l'ancien appelé qui réclame 500.000 francs (plus de 76.000 euros) au titre de dommage et intérêts.
Essais nucléaires: les vétérans accusent
2 00 vétérans des essais nucléaires français, essentiellement des Finistériens et des Costarmoricains se sont réunis hier à La Martyre, près de Landerneau pour s'informer et témoigner.
Ils exigent que l ' Etat reconnaisse officiellement le lien entre leur présence sur les sites d ' expérimentation et la dégradation de leur état de santé. « Nous estimons à 82.000 le nombre de personnes concernées par notre démarche (210 essais nucléaires ont été effectués par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie) », expliquait hier Jacques Melon, délégué finistérien de l'association des vétérans des essais nucléaires (Aven).
« Manque criant »
En présence de l'amiral Antoine Sanguinetti , ancien commandant du Clémenceau, et de la veuve du général Jacques de Bollardière, les membres de l' Aven ont dénoncé le « manque criant » selon eux de précautions prises lors des expérimentations nucléaires menées par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie.
Antoine Sanguinetti, qui a assisté à quatre explosions au Sahara, a salué la démarche des vétérans, en estimant que « ce qui est important, c ' est que pour la première fois des gens qui ont été mêlés à ces questions d ' irradiation parlent ». De son côté, Simone de Bollardière, qui milite en faveur de la vérité sur les explosions nucléaires, a rappelé l' action conduite par son mari, notamment en 1973, contre les essais nucléaires, pour laquelle il avait été sanctionné.
Entre la première explosion « Gerboise bleue » au Sahara le 13 février 1960, et la dernière, le 27 janvier 1996 sur l'atoll de Fangataufa (Polynésie), la France a procédé, selon les chiffres officiels, à 210 essais nucléaires, d'abord atmosphériques puis souterrains .
« Un tissu de mensonges »
La Bretagne est l'une des régions les plus touchées en raison de la présence de la Marine nationale. « Le ministère de la Défense ayant refusé de nous communiquer la liste des gens qui étaient sur site, nous lançons des appels à témoins pour établir des statistiques », explique Jacques Melon.
Actions juridiques
Si les politiques continuent à faire la sourde oreille, Aven aura recours à la voie juridique. « Nous jetterons les bases de notre stratégie lors de notre assemblée générale en juin 2003 ». Décès prématurés, pathologies cancéreuses, « nous entendons prouver de façon irréfutable la relation de cause à effet entre la présence des vétérans sur les sites d'expérimentations nucléaires et leur état de santé actuel », confie Jacques Melon. Lui, était appelé en 1970. Il travaillait au laboratoire de radiologie de l'hôpital de Papeete où il effectuait des mesures de radioactivité du corps humain.
« Vie foutue en l'air »
Plus tard, à 50 ans, Jacques Melon a été opéré d'un cancer de la prostate. « Le cancérologue qui m'a opéré à Lyon m'a parlé de cause génétique. Mon généraliste est persuadé qu'il est lié à des problèmes d'irradiation ». Jacques Melon a entamé une démarche individuelle. Mais, il est convaincu que c'est un collectif qui triomphera.
Travail de mémoire et secret défense
Créée en juin 2001 à Lyon, l'Aven s'organise en réseau national, régional et départemental.
Contact Finistère : Jacques Melon,
7 rue de l'Hippodrome à Quimper. Tel 02.98.90.31.82
E-mail : jacquesmelon@hotmail.com
21 Dominique Le Bian-Rivier
Réunion des vétérans des essais nucléaires samedi à Brest
BREST, 13 nov 02 - L'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) organise samedi à Brest une réunion d'information sur les conséquences sanitaires "catastrophiques" des expérimentations nucléaires menées par la France entre 1960 et 1996, a-t-on appris mercredi dans un communiqué.
22 in : LE PARISIEN 13/09/2002
Polémique sur le nucléaire
Le douloureux combat d'une veuve
BERNARD était ingénieur au CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Bruyères-le-Châtel. En 1998, à 67 ans, il est décédé des suites d'une très longue maladie. Un cancer rare, de la cave du nez, qui s'est propagé aux poumons. Aujourd'hui, sa femme voudrait savoir pourquoi le CEA n'a jamais voulu lui transmettre le dossier médical complet de son mari, qui a pourtant participé aux essais nucléaires français réalisés dans le Sahara et dans le Pacifique. Ce soir, Danielle témoigne dans un reportage diffusé sur France 2 (*) et consacré aux éventuelles conséquences des explosions nucléaires menées par les autorités françaises. Danielle habite désormais Breuillet. Elle a rejoint les rangs de l'Association des vétérans des essais nucléaires français, créée voilà un an pour « réclamer la transparence sur ce qui s'est vraiment passé ». A 62 ans, elle se souvient avec nostalgie de « ces belles années » passées à Papeete (Tahiti), de 1966 à 1972. « J'étais jeune, avec trois enfants, vivant sur une île superbe avec des habitants très chaleureux. » Là-bas, « les travailleurs du nucléaire » étaient confiants, convaincus qu'ils ne risquaient rien. « Mon mari était très bien suivi médicalement, avec toutes sortes d'examens poussés réalisés régulièrement. Et puis le nucléaire ne fait pas peur car il ne se voit pas, ne se touche pas, et ne se sent pas ! » Danielle non plus ne se posait pas de questions. De toute façon, elle ne savait presque rien des activités exactes de son mari. « La loi du silence faisait partie du contrat, raconte-t-elle. Mon mari s'est lancé avec enthousiasme dans l'aventure du nucléaire menée par le général de Gaulle. Il était fier de travailler pour la grandeur de la France, alors il respectait le secret défense. »
Les premiers doutes sont finalement nés avec la maladie. En 1991, alors qu'il devait partir pour une nouvelle mission en Polynésie, Bernard découvre qu'il est atteint d'un cancer. « Il était enrhumé depuis des mois, se rappelle Danielle. En fait, c'était une tumeur très rare en France. Je n'accuse personne, mais je veux juste que l'on détermine les dangers exacts du nucléaire pour préserver les générations futures. Ça ne changera plus rien à la douleur de ma famille. » Bernard vivra sept ans avec la maladie. Sept longues années pendant lesquelles ses enfants vont chercher à comprendre. « Ma plus jeune fille l'a harcelé pour savoir quelles étaient précisément ses missions. Et puis mon mari en a parlé à ses collègues, dont certains étaient aussi malades. Après sa mort, j'ai demandé son dossier médical. On m'a envoyé un résumé où ne figurent même pas les mesures de radiométrie. » Danielle se bat désormais pour que la lumière soit faite. « Je suis en colère contre certains agents du CEA qui nous méprisent », tempête-t-elle. Elle dénonce ainsi « cette espèce de certitude dans laquelle sont installées les scientifiques qui jouent les apprentis sorciers en permanence, sans savoir où ils nous mènent. La France est le seul pays où les douaniers ont pu stopper le nuage de Tchernobyl ! »
23 in : LA DEPECHE DU MIDI 13/09/2002
Jacques Muller, de Montbeton, témoigne vendredi soir sur France 2
« Dans le secret du Paradis » et combien de misères ?
Eux-mêmes ou leurs familles se heurtent à une fin de non-recevoir de la part des autorités militaires qui répétent contre toute évidence que les essais ont été effectués selon les conditions de sécurité, tant pour les personnels civils et militaires que pour l'environnement. Plusieurs vétérans ont entamé des procédures judiciaires pour faire reconnaître leur droit à pension et indemnisation. Longtemps les tribunaux se sont alignés sur le point de vue des autorités militaires, mais récemment certains tribunaux (la Cour des pensions militaires de Chambéry, par exemple) donnent raison aux vétérans en refusant d'admettre que le « secret militaire » puisse couvrir tous les risques sanitaires auxquels les vétérans ont été exposés.
MAI 1962 A IN-AMGUEL
Martine CASSAN.
24
Communiqué de l'Observatoire des armes nucléaires françaises 05/09/02
Un reportage accusateur
Vendredi 13 septembre 2002, Stéphane Paoli présentera sur France 2 (Contre courant à 23 h 45) une enquête réalisée par Jacques Cotta et Pascal Martin intitulée « Dans le secret du paradis ».
- ouverture des archives des essais nucléaires,
- accès à l'intégralité des dossiers médicaux,
- adoption d'une loi sur le suivi des essais nucléaires français
- participation des associations au processus de règlement des conséquences des essais nucléaires.
"Dialogue raté" entre les anciens travailleurs de Mururoa et la ministre des DOM-TOM
L'association Mururoa E Tatou, qui regroupe 1160 anciens travailleurs des sites nucléaires en Polynésie, souhaite l'ouverture des dossiers médicaux de ces travailleurs "comme l'autorise la loi du 5 mars 2002 sur la communication à tout particulier de son dossier médical". L'association note encore que le taux de cancers de la thyroïde est, en Polynésie, parmi les plus élevés au monde -le deuxième, en fait, après la Nouvelle-Calédonie- et que refuser d'admettre le lien entre ces cancers et les essais nucléaires, "c'est pour les autorités, aujourd'hui comme autrefois, faire la preuve de leur incurie et de l'absence de précautions vis-à-vis de tous ceux qui ont été exposés aux risques de radio-activité".
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Un millier d'anciens de Mururoa réclament l'ouverture de leurs dossiers médicaux
PAPEETE, 20 août - Réunis au sein de l'association "Mururoa E Tatou" (Mururoa et nous), 1.160 anciens travailleurs sur les sites nucléaires de Mururoa et Fangataufa, ainsi que les familles des travailleurs aujourd'hui disparus, réclament à l'Etat l'ouverture de leurs dossiers médicaux, a-t-on appris auprès du président de l'association.
"Le problème, explique Roland Oldham, est qu'en Polynésie, les essais nucléaires ont constitué la trame d'enjeux, de luttes politiques : être pronucléaire, c'était appartenir à la majorité, et s'y opposer, c'était être indépendantiste". Aujourd'hui, "Mururoa E Tatou" veut donc expliquer aux Polynésiens que "les maladies liées aux radiations ne sont pas politiques".
LA VOIX DU NORD 24/07/02
Les apprentis sorciers du nucléaire
27 in : LE POINT 02/08/2002
Le secret des irradiés du Sahara
En 1960 et 1961, l'armée française a profité des essais nucléaires dans le Sahara pour organiser des manoeuvres en milieu radioactif. Les appelés cobayes n'ont jamais entendu parler d'indemnisation.
Christophe Labbé et Olivia Recasens
Certes, mais aujourd'hui encore les archives militaires sur les manoeuvres Hippocampe restent couvertes par le secret défense...
Jean Vautrin et la bombe A
« Tout a commencé en 1959 au fort d'Ivry, où j'avais été mis au secret avec ordre d'écrire un scénario sur la première bombe atomique française. » Jean Vautrin, prix Goncourt 1989, effectue alors son service militaire en tant que cinéaste des armées. En décembre 1959, une fois son scénario bouclé, il est envoyé au centre d'expérimentation nucléaire de Reggane, dans le Sahara, pour y filmer l'explosion. « Je garde de cette expérience le souvenir de quelque chose de typiquement français : un mélange de grandeur, de bordel ambiant et d'apprentis sorciers. » Dans le désert algérien, les haut-parleurs diffusent de la musique, puis le compte à rebours démarre. « Au moment du tir, l'éclair nous a envahi la cervelle. Ensuite, dans un silence impressionnant, le champignon s'est élevé, monstrueux. L'onde de choc est arrivée à la façon des cavaliers de l'Apocalypse, roulant sur nous et nous traversant. Soudain, au milieu du tonnerre, nous nous sommes aperçus que nous n'avions pas enregistré le son de l'explosion... » Impossible d'annoncer la nouvelle aux militaires, qui comptent sur le film pour montrer au monde la puissance de la France. « Alors, nous avons triché. On peut le dire maintenant parce qu'il y a prescription, nous avons récupéré le son d'une bombe américaine pour sonoriser la première explosion nucléaire française ! » C. L. et O. R.
29 in : LA VOIX DU NORD 21/07/2002
Ils étaient dans le Sahara ou en Polynésie
Les vétérans du nucléaire s'organisent
Renseignements auprès de M. Egginton au 03 22 47 26 65.
Email : EJegginton@aol.com
Association Moruroa e Tatou
Communiqué
Papeete-Lyon, 2 juillet 2002.
Association Moruroa e tatou
BP 5456 Pirae Tahiti (Polynésie Française)
Tél (689) 43.09.05 Tél/Fax : (689) 42.15.69
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31 in : Ouest-France du17/12/01
« Je bloquais le compteur Geiger »
Les vétérans des essais nucléaires français s'associent
Une association de vétérans des essais nucléaires (Aven) s'est créée en juin à Lyon. Tous ont des problèmes de santé. Ils dénoncent l'irresponsabilité de l'armée, réclament la réouverture des dossiers médicaux et demandent à l'État de reconnaître ses responsabilités.
32 Communiqués de l'association des Vétérans des essais nucléaires
Samedi 9 juin 2001 à Lyon, a été créée l'association des Vétérans des essais nucléaires français et leurs familles.
Les membres fondateurs de l'association des vétérans des essais nucléaires déclarent que nombre d'entre eux ont subi des conséquences dramatiques pour leur santé. Ils pensent que l'origine de leurs maladies est à trouver dans le manque de précautions élémentaires prises pour leur protection lors des essais nucléaires. « Nous estimons que le moment est enfin venu pour la France de reconnaître ses responsabilités, de faire la vérité sur des expériences nucléaires qui ont engagé plusieurs dizaines milliers de personnes, militaires professionnels et militaires du contingent, personnels civils des armées, du Commissariat à l'énergie atomique et des entreprises sous-traitantes, métropolitains, polynésiens ou algériens » a déclaré le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association.
Pour tout contact :
Jean-Louis Valatx Tél : 04 78 77 71 27
Bruno Barrillot Tél 04 78 36 93 03
Contre le silence de l'armée française sur les cancers éventuellement liés aux essais nucléaires.
LE RÉVEIL DES IRRADIÉS
Une association de «vétérans des essais nucléaires», en contact avec 380 malades, dénonce l'inertie de l'armée. Elle réclame une étude épidémio-logique sur tous les personnels civils et militaires qui ont été exposés depuis 1960.
Treize février 1960, dans le Sahara. Gerboise bleue, la première bombe atomique française, vient d'être testée avec succès. «Hourra pour la France!» s'écrie le général de Gaulle. Gérard Dellac effectue alors son service militaire au 620e groupement des armes spéciales. Un officier lui demande de le conduire en Jeep au «point zéro», à l'endroit exact où l'explosion nucléaire a eu lieu quelques heures auparavant. Pour y planter un drapeau tricolore ! A peine arrivés sur place, un hélicoptère les survole et leur ordonne de s'en aller immédiatement. De retour à la base de Reggane, en Algérie, on les passe au compteur Geiger et on découvre des poussières radioactives dans les cheveux. Direction la douche, pour décontamination.
«Je ne suis même pas allé à l'infirmerie. Rien !» raconte aujourd'hui Gérard Dellac. En 1991, trente et un ans plus tard, un médecin diagnostique chez lui un cancer de la peau (lésions spino-cellulaires) sur le visage. Gérard Dellac subira au total neuf opérations, dont l'une au cours de laquelle un chirurgien lui enlèvera l'oreille droite. Ce plombier du Tarn demande alors réparation à l'armée. L'affaire traîne. En janvier 2001, la Cour des pensions le déboute. En ces termes: «Le livret médical porte trace d'une irradiation. [...] Ce facteur peut constituer un risque supplémentaire de cancer de la peau au même titre que le soleil». Il est donc «impossible de déterminer une relation directe et certaine de cause à effet». L'affaire attend toujours d'être jugée en appel.
Le cas de Gérard Dellac n'est pas unique. Créée en juin 2001, l'association des Vétérans des essais nucléaires (1) est en contact avec 380 malades anciens militaires, salariés du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). Ou avec leur veuve... Aucune certitude scientifique, mais beaucoup de questions. Et surtout la volonté de «faire la lumière sur l'impact sanitaire des essais nucléaires», comme l'explique Bruno Barrillot, l'un des animateurs de l'association et auteur de l'Héritage de la bombe (2). Samedi 19 janvier, les «Vétérans» organisent une conférence, qui se tiendra au Sénat, à Paris. «Ceux qui nous contactent sont évidemment ceux qui ont des problèmes. Quatre cents cas, c'est important mais pas forcément significatif. Mais une chose est certaine: il y a véritablement matière à aller plus à fond dans les études médicales», affirme Jean-Louis Valatx, président de l'association et ancien médecin militaire. Créée à l'initiative de militants antinucléaires proches des milieux chrétiens de gauche, l'association des Vétérans est en contact étroit avec une organisation polynésienne, «Mururoa e Tatou», qui rassemble environ 850 anciens travailleurs du nucléaire. En Polynésie, les essais ont duré de 1966 à 1996, les tests atmosphériques ayant cessé dès 1974. Aucune information n'est en revanche disponible sur l'état de santé des populations touareg du Sahara, où les premiers essais français ont eu lieu, entre 1960 et 1966.
Les yeux fermés
Rien n'était prévu pour les fiascos. Comme celui du 1er mai 1962, lors de l'essai «Béryl» à In-Eker (Algérie). Un test sous-terrain pour lequel un tunnel avait été creusé dans une montagne granitique, la Taourirt Tan Afella, au nord de Tamanrasset. Au moment du tir de l'arme atomique, les calculs des physiciens se sont révélés faux. Plus forte que prévue, l'explosion a fait sauter le bouchon du puits. Michel Dessoubrais, appelé au 621e groupement des armes spéciales, y était: «Avec ma patrouille, nous étions à une dizaine de kilomètres. Le sol tremblait et une très grande flamme horizontale est sortie de la montagne. Puis un grand nuage de fumée noire. Ce n'était pas normal, mais nous ne savions pas quoi faire. Nous avons mis nos masques à gaz et nous sommes restés près de trois heures sur place. Des gars en combinaison sont arrivés pour faire des prélèvements et nous ont dit de foutre le camp». Les neufs militaires sont décontaminés: «Sous la douche, deux gars m'ont frotté pendant plus de trois heures. Et on m'a rasé les cheveux.» Une semaine plus tard, les soldats sont transférés à l'hôpital Percy de Clamart, en région parisienne. «On nous a mis dans le pavillon des officiers, avec des gendarmes à l'entrée.» Pendant près de trois mois, les examens se succèdent, jusqu'à deux ou trois prises de sang quotidiennes. «On ne nous a jamais donné aucun résultat», assure Michel Dessoubrais, aujourd'hui retraité dans l'Indre.
Libéré, Michel Dessoubrais obtient une pension d'invalidité temporaire (trois ans) à 10 %. «Des séquelles? Ce que je sais, c'est que nos deux premiers enfants sont morts à la naissance. Mais ce n'est peut-être pas à cause de cela», dit-il. Michel Muller était également sur place le 1er mai 1962, comme pilote d'hélicoptère. Ilest aujourd'hui aveugle, mais le ministère de la Défense estime que sa cécité «n'est pas imputable au service». L'accident de l'essai «Béryl» aurait pu tourner à l'affaire d'Etat: deux ministres assistaient en effet au tir et ont directement été touchés par les retombées: Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. A 85 ans, le premier se porte bien; le second est mort d'un cancer en 1984, convaincu d'être une victime d'In-Eker.
Plus de 76 000 personnes concernées
Comment savoir? «Il n'y a jamais eu aucune étude sur les anciens militaires et civils des essais nucléaires», regrette Florent de Vathaire, épidémiologiste de l'Inserm. Ce chercheur de Villejuif étudie leur impact sur la santé de la population polynésienne, qui aurait pu être victime de retombées radioactives entre 1966 et 1974. «Nous avons pu constater qu'il n'y a pas eu de gros problèmes, explique-t-il. Mais maintenant nous voulons aller plus loin, avec une étude plus fine sur les cancers de la thyroïde. Or, nous n'avons aucun financement public pour le faire...». «Rien n'autorise à dire que les vétérans n'ont pas été contaminés lors des essais, mais rien ne le prouve non plus. Ce qui est sûr, c'est que certains sont psychologiquement traumatisés» (Comme d'habitude le nucléaire n'est pas dangereux sauf pour la santé mentale, c'est une découverte russe due à Tchernobyl), dit le député (PS, Nord) Christian Bataille (il fait partie du lobby pronucléaire), coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, qui doit être rendu public fin janvier. Cet élu reconnaît qu'il «sera peut-être nécessaire de procéder à une étude épidémiologique sur l'ensemble de cette population». (il est coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, rapport qui n'a pas étudié les effets sur la santé, mais merde, pourquoi est-il payé ce con !)
------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française
------> La France aurait employé des adolescents et des enfants sur les sites du Pacifique
«Bureaucratie un peu lourde»
--------> Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques
(1)Vétérans des essais nucléaires-CDRPC,187, montée de Choullans, 69005 Lyon. Tél.: 04 78 36 93 03. Sur le Net: cdrpc@obsarm.org
34 Méconnaissance ou négligence ?
Par Denis DELBECQ
En fait dès que les radiographies ont commencé à être utilisées en grand nombre (pendant la 1ère guerre mondiale), il a commencé à y avoir beaucoup de décès parmi les médecins radiologues (et quelques uns parmi certains cobayes radiographiés). C'est pour protéger les toubibs que la réglementation a été mise en place. La norme a beaucoup évolué (actuellement 200 fois moins pour les travailleurs du nucléaire qu'il y a 50 ans), et elle ne correspond pas à un seuil en dessous duquel il n'y aurait pas de mort mais à un seuil acceptable au niveau d'un calcul coût/bénéfice, le rayonnement entraîne des morts mais aussi des bénéfices car on sauve un certain nombre de patients en localisant les balles ou éclats d'obus (pendant la guerre) ou les fractures...
Evolution des normes de radioprotection de la CIPR
Pour les travailleurs :
1950 : 15 rem/an,
1956 : 5 rem/an,
1990 : 2 rem/an (20 mSv/an).
Pour la population :
1959 : 0,5 rem/an (5 mSv/an),
1985 : 0,1 rem/an (1 mSv/an).
Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR.
Effets cancérogènes à long terme
Si 1 million de personnes reçoi
NRPB (1992) : 1000 cancers mortels
21:31
Écrit par Justitia & Veritas
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Impérialisme français: contamination nucléaire
Contamination mortelle au nom de la France impérialiste
0 L’héritage de la bombe, 9 mars 2003
par Michel Verger (*)
Pour se doter du feu nucléaire et devenir la quatrième puissance mondiale à posséder la force de frappe, la France a effectué, de 1960 à 1996, 210 essais nucléaires dont 160 souterrains et 50 aériens. La plus forte explosion a été réalisée en août 1968 au-dessus de l’atoll de Fangataufa. Sa puissance de 2 700 KT équivalait 170 fois celle d’Hiroshima. La quasi-totalité de ces essais souterrains et aériens se sont déroulés sur deux atolls du Pacifique : Moruroa et Fangataufa. Nul besoin de posséder une imagination fertile pour mesurer les dégâts provoqués dans le sol des lagons et dans les îles habitées environnantes de Tureia et de Mangareva (200 à 400 km). Nul besoin d’être un expert en nucléaire pour comprendre que si les essais militaires étaient sans danger, (ou particulièrement " propres " pour reprendre une expression officielle), on n’aurait pas construit notre défense nationale sur une force de frappe nucléaire aussi peu efficace (1). Ce qui fit dire à l’amiral Sanguinetti que si les essais nucléaires avaient été si peu dangereux pourquoi les faire à des milliers de kilomètres de la France et pas en Auvergne ?
Nos lointains compatriotes polynésiens, les populations touareg du Sahara et de nombreux Vétérans (appelés du contingent, militaires, travailleurs civils) apportent aujourd’hui leur pierre à l’édification de la vérité sur les essais nucléaires de la France. Beaucoup ont payé un lourd tribut à la bombe : décès prématurés, atteintes cancéreuses, maladies inexpliquées, enfants mort-nés ou avec des malformations, allergies... Leurs témoignages constituent aujourd’hui, après des années de souffrances silencieuses pour certains, un terrible acte d’accusation sur l’irresponsabilité de ceux qui ont fait croire parfois avec succès, auprès des populations locales et des militaires, à l’innocuité des expériences françaises. Tellement innocentes qu’aucun suivi médical n’est effectué, aucun examen ni avant, ni pendant (sauf irradiation immédiate), ni après (les dosimètres chargés de mesurer le taux d’irradiation ne sont souvent pas relevés, j’ai conservé le mien). Dans ces conditions, parler d’essais propres alors qu’aucun contrôle n’est effectué ensuite sur les contaminations internes (inhalation, ingestion suite aux vents de sable) et externe par le contact avec du matériel contaminé (lavage des avions, des bateaux, démontage de chars...) relève du conditionnement idéologique.
Au fil des témoignages, une vérité incroyable se fait jour. A Reggane (Algérie), ce sont des militaires venus d’Allemagne que l’on fait manoeuvrer sitôt après l’explosion de la 4e bombe sur le point zéro. Là, toujours en Algérie à In Eker, c’est un essai souterrain qui rate, la poussière radioactive fuit, se répand aux alentours provoquant des irradiations et des contaminations. Neuf militaires oubliés restent dans le nuage pendant trois heures. Un ministre du général de Gaulle, Gaston Palewski, irradié, est mort plus tard d’une leucémie. Il a toujours professé que c’était la conséquence de cet essai raté. Des Algériens ont été contaminés pendant et après la présence française. Ailleurs en Polynésie, ce sont des populations que l’on enferme dans des hangars en tôle ondulée quand les nuages radioactifs survolent leur île (ils reçoivelt 1 500 francs Pacifique -12 euros environ - après chaque essai !) La nourriture des Polynésiens est essentiellement constituée de poissons pêchés et de fruits, les probabilités d’attraper des maladies radio-induites sont à l’évidence plus grandes ici qu’ailleurs. De nombreux récits sont édifiants. Suite aux essais, les militaires devaient marcher sur des tapis déroulés devant eux, les rats (qualifiés de " mutants ") et les fruits étaient anormalement gros ou déformés.
Le dernier rapport de l’Office parlementaire sur le sujet (2 janvier 2002), bâclé en quelques mois, mais sans mentionner aucun des témoignages de Vétérans recueillis (dont le mien relatant les expériences et l’état de santé de nombre d’entre eux), ne reconnaît que d’hypothétiques effets. Comment les rapporteurs peuvent-ils l’affirmer en l’absence d’études médicales sur la santé des Vétérans depuis leur participation aux essais ni sur leur descendance ? Voudraient-ils nous faire croire que l’interdiction des essais, dont la nocivité n’est plus à démontrer, ne s’appliquerait pas à la France ? Dans quel but ? La cécité française, comme avec Tchernobyl, atteint des sommets. Pourtant depuis 1988, une loi américaine a reconnu cette dangerosité, en instituant une présomption d’origine pour ceux qui ont assisté aux expériences nucléaires. Le nombre de type de cancers répertoriés s’élève à dix-neuf et les zones à risques sont situées dans un périmètre de 700 km de rayon autour du point zéro.
Pour faire éclater la vérité, les vétérans des essais nucléaires et leur famille se sont constitués en association (l’AVEN) le 9 juin 2001 qui pourrait concerner plus de 80 000 personnes décédées ou vivantes. En Polynésie et au Sahara, deux associations viennent aussi de se créer ainsi qu’un réseau international (Américains, Anglais, Australiens...) L’AVEN, dont le président est un ancien médecin-chef, le docteur Jean-Louis Valatx, a déjà effectué une enquête auprès de plus de 400 personnes. Elle indique que la fréquence des pathologies, en particulier cancéreuses, est supérieure (près du double) chez les Vétérans à celle de la population générale du même âge. Au vu des ces résultats partiels, une étude épidémiologique rétrospective de l’ensemble des personnels civils et militaires et leurs familles devrait absolument être entreprise. D’ores et déjà, trente trois députés ont apporté leur soutien à cette demande soit en déposant une proposition de loi (trois députés Verts et tout récemment les députés et sénateurs communistes), soit par écrit : cinq socialistes, deux UMP et un UDF. · plusieurs reprises, depuis 1994, les élus du PCF avaient réclamé une commission d’enquête, toujours refusée par le gouvernement de droite ou de gauche.
Les Vétérans formulent plusieurs demandes : le recensement des personnels civils et militaires et des entreprises sous-traitantes concernés. La levée du secret défense sur les dossiers médicaux des Vétérans et de leurs ayants droit. La présomption d’origine des maladies radio-induites à définir par une législation appropriée et qui ne se limite pas aux seuls cancers. La constitution d’un observatoire de la santé dont la composition devra être paritaire. La création d’un fonds d’indemnisation et d’un droit à pension pour les personnels et leurs ayants droit.
(*) Vice-président de l’Association des vétérans des essais nucléaires
(1) Voir le livre de Bruno Barrillot "L’héritage de la Bombe" Observatoire des armes nucléaires françaises, 187 montée de Choulans 69005 LYON (18 euros + frais de port 3,20 euros)
1 in : Sud-Ouest, 29/04/2005 :
Le combat des irradiés
BILLERE (64) - L'Association des vétérans des essais nucléaires est dorénavant représentée dans le département. Elle regroupe une trentaine d'adhérents.
Lorsqu'il était jeune, Patrice Pfeffer a participé en tant que membre de la Marine nationale à trois campagnes d'essais nucléaires. Cela se passait à Mururoa, entre 1969 et 1973. Ce Billérois de 54 ans est aujourd'hui invalide à 80 %. Ces jours derniers, il a supervisé dans sa commune la première rencontre départementale de l'AVEN. Traduisez l'Association des vétérans des essais nucléaires. Un organisme comptant une trentaine d'adhérents dans les Pyrénées-Atlantiques, et 2 500 au niveau national. Tous militent pour que l'Etat prenne ses responsabilités vis-à-vis des personnes qui ont été exposées aux expérimentations nucléaires. Ce qui les amène aujourd'hui à demander un recensement des civils et militaires ayant participé à des tests au Sahara et dans le Pacifique; mais aussi un accès à leurs dossiers médicaux, et... une reconnaissance officielle. Sans oublier la création d'un fonds d'indemnisation et de pension pour les victimes et leurs ayant-droits.
« Le secret-défense est encore prévu pour vingt ans, mais les nouveaux cas sont mensuels. Combien y aura-t-il de plaignants en 2020 ? », s'interroge le collectif.
Certains membres sont persuadés d'avoir contaminé leurs enfants, la plupart d'entre-eux étant stériles ou malades, comme Marie Pietzak : « Mon mari est mort d'un cancer dans d'atroces souffrances après avoir été exposé à Tahiti. Quand il en est revenu, mon fils avait 3 ans. Il est toujours malade depuis. »
Difficile bataille. La prise de conscience n'est pas nouvelle. En 1996, une association des anciens du Sahara, depuis intégrée à l'Aven, avait été créée par Roland Weil.
Lors de la première explosion atomique dans le Sahara, en 1960 à Reggane, ce dernier effectuait son service militaire en tant que radio. « Une heure après l'explosion, on m'a envoyé au point zéro, à l'endroit même où la bombe avait été posée. Je suis malade depuis. Mais je n'ai jamais eu de reconnaissance de l'Etat; et je viens de perdre en appel... », dit-il, amer et déçu.
D'autres veulent des preuves médicales, comme le jeune Leny Paris. Engagé volontaire entre 1990 et 1991, il travaillait dans une base de missiles sol-sol, sur le plateau d'Albion, dans le Sud-Est de la France (son combat avait été relaté en septembre dernier dans nos pages). Aujourd'hui, il tempête : « On admet que je suis irradié, mais ce que je veux, c'est mon dossier dosimétrique journalier ! »
Qu'ils soient militaires, épouses de militaires ou veuves, chaque adhérent a sa propre histoire. Tous ont une douleur commune, et ont le sentiment d'avoir été sacrifiés, comme si le matériel nucléaire testé importait plus que leurs vies. Aujourd'hui, le partage de leur impuissance au sein de l'Aven redouble l'espoir d'être un jour entendus.
Aven Pyrénées-Atlantiques, 3, impasse Jules Ferry à Billère. Renseignements auprès de Patrice Pfeffer au 06.09.91.17.02 ou sur le site www.aven.org
2 Essais nucléaires: une expertise demandée pour un ancien militaire
13/04/2005 - Le tribunal des pensions de Saint-Brieuc a ordonné mercredi une expertise médicale pour un ancien militaire qui demande une pension d'invalidité affirmant avoir été contaminé lors des essais nucléaires français dans le Pacifique, a-t-on appris de source judiciaire.
Un ancien appelé du contingent, qui avait fait la même demande, a de son côté été débouté, selon la même source.
Le tribunal a jugé recevable la demande de pension d'invalidité de Joseph Romain, 69 ans, ancien électronicien à bord d'un bâtiment de la Marine, sous réserve d'une expertise médicale confiée à un médecin qui devra déterminer si son cancer de la peau est imputable à son service dans la Marine.
L'ancien militaire était sur le site des essais nucléaires entre 1966 et 1970. Il est tombé malade en 1985, et a subi jusqu'à présent 14 interventions chirurgicales liées à son cancer de la peau.
Un autre plaignant, André Dayot, 58 ans, qui avait fait son service militaire dans le Pacifique au même moment, a quant à lui été débouté de sa demande de pension d'invalidité. Il souffre du même type de cancer de la peau que M. Romain, mais son taux d'invalidité n'a pas été suffisant par le tribunal pour prévoir une pension.
Leur avocat avait plaidé à l'audience, le 23 mars dernier, que "cette pathologie rare a touché deux personnes qui se trouvaient au même moment sur un site d'essais atomiques. Il y a un lien manifeste entre ce type de pathologie et les rayons ionisants".
Les deux plaignants étaient soutenus par l'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN).
Le 15 février dernier, le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine avait déjà ordonné une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon elle, par sa participation à une campagne d'essais nucléaires à Mururoa.
3 in : L'Express, 14/03/2005:
Les cancers de Mururoa
Une étude soulève à nouveau la question des conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes
Les Polynésiens tiennent peut-être là l'une des preuves qu'ils attendaient. Dans une récente étude, des chercheurs de l'Institut Gustave-Roussy et de l'Inserm ont comparé le risque de voir apparaître des malformations chromosomiques chez 50 «métropolitains» et 30 patients polynésiens atteints de cancer de la thyroïde. Ces résultats, publiés dans le dernier numéro de l'European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, sont sans appel: ce taux est trois fois supérieur dans le deuxième groupe. «Sans exclure d'autres facteurs, on ne peut pas ne pas penser aux essais nucléaires», constate Dominique Violot, l'un des auteurs de l'étude. D'autant que ce type de malformation est souvent consécutif à une exposition à la radioactivité, et que ce soupçon n'est pas isolé. «Nous savons déjà que le taux de cancers de la thyroïde est deux fois plus élevé dans la population polynésienne que chez les Maori ou les Hawaïens», analyse Florent de Vathaire, épidémiologiste à l'Inserm et coauteur de l'étude.
Entre 1966 et 1996, date du dernier essai nucléaire, les lagons polynésiens de Mururoa et de Fangataufa se sont troublés 193 fois. Une puissance équivalant à 700 fois la bombe d'Hiroshima. Reste maintenant à prouver que ce n'était pas sans conséquences pour les 250 000 Polynésiens qui vivent aux alentours. «Nous avons réalisé une étude pour analyser précisément ce lien, affirme Florent de Vathaire, les résultats arriveront dans six mois.» Ce sera peut-être alors l'épilogue scientifique d'une histoire vieille de quarante ans. Et son envol judiciaire.
4 Essais nucléaires: expertise à la suite de la plainte d'une veuve de militaire
15/02/05 - Le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine a ordonné mardi une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon elle, par sa participation à une campagne d'essais nucléaires à Mururoa, a-t-on appris de source judiciaire. Le mari de la plaignante, Mme Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.
Mme Le Souder demande que le décès de son mari soit reconnu comme une conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne, qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. Cette reconnaissance lui donnerait droit à une pension d'invalidité. Le tribunal, qui avait examiné cette plainte le 11 janvier, a estimé qu'il ne disposait pas des éléments permettant "d'affirmer la cause précise et éventuellement exclusive du décès". Il a ordonné une mesure d'expertise, confiée à deux médecins de Rennes. Ces derniers ont huit mois pour rendre leur rapport. "Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", avait plaidé l'avocat de la défense lors de l'audience publique du 11 janvier.
Le commissaire au gouvernement avait fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires. Le ministère de la Défense a rappelé en septembre que des tests nucléaires en atmosphère avaient eu lieu de 1962 à 1975 - en Polynésie et dans le Sahara - et que les "mesures de protection des personnes à l'époque étaient sérieuses, étayées, adaptées aux risque et conformes à la législation" à l'époque en vigueur. Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
5 in : Nouvel Obs, 13/01/2005:
Essais nucléaires: plainte examinée
Le tribunal des pensions de Rennes a examiné mardi 11 janvier la plainte de la veuve d'un militaire mort d'un cancer du poumon lié, selon elle, à la présence de son époux à Mururoa lors d'une campagne d'essais nucléaires, a-t-on appris auprès de l'avocat de la plaignante, Me Jean-Paul Teissonière. L'affaire a été mise en délibéré au 15 février.
Le mari de la plaignante, Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.
Me Teissonière a demandé que le décès du militaire, qui n'était pas fumeur, a-t-il précisé, soit reconnu comme la conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. La veuve demande une revalorisation de sa pension.
Pas de lien
"Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", a plaidé l'avocat de la défense.
Le commissaire du gouvernement a fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires.
Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 à Paris pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
L'enquête contre X vise des faits d'"homicide involontaire", "atteinte involontaire à l'intégrité physique ayant causé une incapacité totale de travail de plus de trois mois ou n'excédant pas trois mois".
6 in : Paris Normandie, 27/12/2004 :
Ces malades du nucléaire
Des Normands, présents en Polynésie ou au Sahara algérien lors des premiers essais nucléaires, souffrent de maladies graves. Ils veulent comprendre.
Voilà trois ans que les vétérans du nucléaire se battent pour la reconnaissance de certaines maladies graves, cancer notamment, qu'ils estiment avoir contractées lors des campagnes d'essais français. Plus de 200 essais nucléaires ont, en effet, été menés entre 1960 et 1996, par l'armée française au Sahara algérien et en Polynésie. Et certains vétérans considèrent que des « dysfonctionnement se sont alors produits. » Une première victoire est enregistrée par leurs associations « AVEN » et « Moruroa e tatou » qui rassemblent cinq mille adhérents en France. Le Fécampois Jean-Claude Duchateau, président de la section « Aven » de Haute-Normandie (plus d'une centaine de membres) se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire pour enquêter sur les conséquences des essais.
« Un premier pas important ! »
Le responsable haut-normand de l'association, qui a passé deux ans en Polynésie, avait été frappé, en 1986, par un cancer des ganglions lymphatiques.
Sur les bords de Seine, à Duclair, Pierre Le Borgne veut savoir. Ancien maître électricien dans la marine nationale, il soigne aujourd'hui sa thyroïde, et s'interroge sur ses problèmes de santé, d'autant qu'il a eu le « triste privilège » d'être probablement le seul marin à avoir connu les premiers essais des deux bombes, « A » et « H ».
L'armée, famille nucléaire
Jean Lecardonnel, 58 ans, vétéran des essais atteint de leucémie
Printemps 1970 Un vaisseau amiral de la marine française, le De Grasse, mouille au large de Mururoa (Polynésie). Les marins sont sur le pont. Parmi eux, Jean Lecardonnel, 24 ans, officier de transmission. Tous ont les yeux levés vers le ciel. Ils fixent un ballon dirigeable auquel est arrimée une bombe. C'est un essai nucléaire. Depuis le navire, un déclencheur radioélectrique provoque l'explosion. Une boule de feu monte dans le ciel. Les marins, seulement protégés par une paire de lunettes, font route vers le point zéro de l'explosion. Ils y effectuent des prélèvements dans l'eau. A mains nues. Ce scénario, Jean Lecardonnel le vivra six fois. La distance le séparant de la bombe varie entre 1 et 65 km.
Fin juin 2003 Jean Lecardonnel, retraité depuis 1982, ressent « une grosse fatigue ». Il est hospitalisé. Diagnostic : une leucémie.
24 septembre 2003 Le professeur de médecine chargé des soins de l'ancien militaire écrit : « L'interrogatoire professionnel a permis de relever (...) que deux agents peuvent être incriminés. Une exposition au benzène et une exposition aux radiations ionisantes. »
Fin 2004 Jean Lecardonnel a perdu plus de 60 kilos en un an, de 137 à 75 kilos. Son teint est cireux, il semble fatigué, mais son regard est franc et son vocabulaire précis. Lorsqu'on lui demande s'il en veut aux autorités françaises, il rétorque sans ciller : « On ne peut pas en vouloir à ceux qui ne savaient pas. » Il sort une photo de l'époque. Le ministre de l'Intérieur, Michel Debré, est sur le pont du De Grasse, juste après l'explosion, en bras de chemise. « Personne ne connaissait les risques, la preuve. » Il reste si fidèle au drapeau qu'il refuse aujourd'hui encore de dévoiler le contenu, même le plus anodin, des transmissions radio dont il avait la charge.
Ce que demande Jean Lecardonnel comme des dizaines d'autres « irradiés pour la France », c'est une reconnaissance. Celle de la maladie professionnelle. « C'en est une. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les médecins. » Ministre des Armées de 1960 à 1969, Pierre Messmer a récemment admis sur un plateau télé « les imprudences » de la France à l'égard de ses militaires lors des essais.
A savoir :
Michèle, sa femme, rencontrée en 1983
« Quand il est entré en milieu stérile pour ses soins, je lui ai dit : "Tu vas t'embarquer, tu es dans la cabine d'un bateau, on ne sait pas pour combien de temps". A la maison on est très marine. Je m'intéresse à son passé, c'est ce qui l'a construit, qui fait ses qualités, sa rigueur. »
« Nous demandons une reconnaissance de responsabilité de la France et des réparations. Il leur faut aussi un suivi médical réalisé par une structure indépendante. Pour eux, leurs enfants et leurs petits-enfants qui peuvent aussi être atteints. »
8 Ouverture d'une information judiciaire sur les essais nucléaires français
(Le délai inhabituel entre le dépôt de plainte et l'ouverture de l'instruction - près de dix mois - souligne l'embarras du ministère de la défense qui devra justifier son discours irréaliste sur des essais nucléaires français "particulièrement propres".)
PARIS (29/09/2004) - Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicides involontaires" et "atteinte à l'intégrité physique" suite au dépôt d'une plainte en novembre 2003 des victimes des essais nucléaires français effectués entre 1960 et 1996 dans le Sahara et en Polynésie, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires. L'enquête, ouverte le 20 septembre dernier, a été confiée à deux juges du Pôle de Santé du tribunal de grande instance de Paris, Anne Auclair-Rabinovitch et Anne-Marie Bellot. L'information judiciaire ne vise que les faits les plus récents, les essais nucléaires du Sahara, notamment, étant trop anciens pour faire l'objet de poursuites, a-t-on précisé de sources judiciaires. Le nombre de victimes concernées par l'enquête est donc inférieur au nombre de personnes ayant porté plainte.
Fin novembre 2003, deux associations et onze victimes des essais nucléaires français avaient déposé une plainte à Paris. Les plaignants, civils et militaires ayant été exposés aux essais nucléaires atmosphériques ou souterrains menés dans les années 60 dans le Sahara algérien, puis en Polynésie, souffrent tous de pathologies graves liées à cette irradiation massive.
Les familles de deux personnes décédées se sont jointes à leur action, ainsi que l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) et l'Association Moruroa e tatou qui comptent plus de 5.000 adhérents. Une association algérienne est en cours de constitution. Ses membres n'ont pas obtenu de visas pour venir en France. "Les autorités militaires et civiles françaises en charge des expériences nucléaires n'ignoraient pas les risques auxquels elles exposaient les personnels civils et militaires chargés de procéder à ces expériences, les populations vivant à proximité des lieux de ces expériences", notait la plainte.
On estime à 150.000 le nombre de personnes qui ont assisté aux 210 essais nucléaires français. Une première étude médicale réalisée par les associations sur 720 vétérans montre que 30% d'entre eux sont atteints de cancers, contre 17% de la population nationale du même âge. Médecins du Monde a lancé une nouvelle étude en Polynésie.
Le nouveau Gouvernement de Polynésie française s'engage aux côtés des victimes des essais nucléaires
Siège : 403 Boulevard Pomare
Papeete Tahiti
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
A l'occasion du 38ème anniversaire de la première bombe à Moruroa (2 juillet 1966) les représentants de l'association Moruroa e tatou ont rencontré le nouveau président de la Polynésie française, M. Oscar Manutahi Temaru.
Le 2 juillet, Mme Chantal Florès Tahiata, vice-présidente de l'Assemblée, a reçu dans la salle des conférences de l'Assemblée de Polynésie le conseil d'administration de Moruroa e tatou qui a tenu une conférence de presse devant les médias locaux et plusieurs journalistes étrangers et la participation de plusieurs invités.
Le 3 juillet, près de trois cents anciens travailleurs de Moruroa se sont retrouvés dans les locaux de la paroisse d'Arue (Tahiti) pour l'assemblée générale de l'association Moruroa e tatou qui compte à ce jour plus de 3700 membres.
10 Création d'un « Observatoire de la santé des vétérans »
Le ministère de la défense vient, par décret du 10 juin 2004, de créer un « Observatoire de la santé des vétérans » qui a pour objectif « d'améliorer la prise en charge médicale des militaires et des anciens militaires ». Outre le fait que le ministère de la défense dispose déjà du Service de santé des armées et de la Direction des pensions pour ces personnels, on imagine guère que cet Observatoire puisse assurer le suivi sanitaire des vétérans des essais nucléaires comme l'annonçait régulièrement la ministre de la défense en réponse aux questions des parlementaires.
L'association Moruroa e tatou regroupant les anciens travailleurs polynésiens des sites nucléaires du Pacifique et l'association des Vétérans des essais nucléaires (AVEN) rappellent que les personnels concernés par les essais nucléaires n'étaient pas uniquement des militaires et des appelés du contingent mais aussi des civils : personnels du Commissariat à l'Energie Atomique ou d'entreprises sous-traitantes, personnels recrutés localement (Algériens, Polynésiens), sans oublier les populations voisines des anciens sites d'essais au Sahara comme en Polynésie.
Cet Observatoire, créé par voie réglementaire, n'a pas fait l'objet d'un débat. Pourtant, depuis le 17 janvier 2002, une proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nucléaires a été déposée au Parlement - et redéposée au début de la nouvelle législature -, soutenue actuellement par 36 députés et 22 sénateurs, appuyée par de nombreux conseillers généraux, régionaux et maires et par l'ensemble des élus de la nouvelle majorité de l'assemblée territoriale de Polynésie française.
Cette proposition de loi - qui n'a toujours pas été inscrite à l'ordre du jour du Parlement - prévoit une « commission nationale de suivi des essais nucléaires » composée de représentants des ministères concernés, de représentants du Parlement et des représentants des associations concernées.
« La création de l'Observatoire de la santé des vétérans - organisme dépendant du ministère de la défense, soumis au secret défense ne correspond en aucune façon aux demandes des associations, déclare le Dr Jean-Louis Valatx, président de l'AVEN. La composition de cet Observatoire est même en retrait par rapport aux déclarations du Président Jacques Chirac du 25 juillet 2003, à Papeete, annonçant la création d'un « suivi interministériel » sur les conséquences sanitaires des expérimentations nucléaires assurant la liaison avec les personnes et les associations concernées. En décembre 2003, à la demande du ministère de la défense, les deux associations ont renouvelé leurs propositions qui n'ont pas été manifestement prises en compte. »
Moruroa e tatou et l'AVEN, confrontées aux graves problèmes de santé des anciens personnels des essais, réitèrent leur demande de mise à l'ordre du jour des débats parlementaires de la proposition de loi sur le suivi sanitaire des essais nucléaires et la mise en place d'une véritable concertation avec les organisations concernées. Les deux associations attendent également avec impatience la désignation d'un juge d'instruction pour la plainte contre X qu'elles ont déposée auprès du Doyen des Juges d'Instruction de Paris en décembre 2003 pour « abstention délictueuse, administration de substances nuisibles, homicide involontaire et atteinte à l'intégrité physique ».
Dr Jean-Louis Valatx, président de l'AVEN
M. Roland Pouira Oldham, président de Moruroa e tatou
M. Bruno Barrillot, Observatoire des armes nucléaires
11 Communiqué de l'association Moruroa e Tatou,
l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires
et l'Observatoire des armes nucléaires.
Décès d'Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa
Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa, qui était venu témoigner à Paris le 28 novembre 2003 à la conférence de presse au Sénat, est décédé dimanche 22 février à Atuona (Iles Marquises). Atteint d'une leucémie qui s'était déclarée en novembre 2000, Alfred avait travaillé sur les sites d'essais nucléaires de Moruroa et de Fangataufa de 1968 à 1979 et notamment sur des sites contaminés à la suite des explosions nucléaires atmosphériques.
Alfred Pautehea était un membre actif de l'association polynésienne Moruroa e tatou (Moruroa et nous) qui regroupe près de 3000 anciens travailleurs polynésiens des sites nucléaires. Il était à l'origine de la création d'une section de Moruroa e tatou dans l'île de Hiva Oa (Marquises).Le 28 novembre, Alfred Pautehea au nom de l'association Moruroa e tatou et plusieurs vétérans français de l'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) avaient déposé plainte contre X auprès du doyen des Juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris. Les associations attendent encore aujourd'hui, avec impatience, la nomination d'un juge d'instruction qui verra enfin la justice prendre en charge le dossier effarant des conséquences sanitaires des essais nucléaires français.
Alfred Pautehea, ancien travailleur polynésien de Moruroa et Fangataufa
« J'ai travaillé successivement pour le Génie de l'Air et les entreprises sous-traitantes SOFEL, SEGT et SOGEPA de 1968 à 1979.12 in : Libération du 29/11/03
Essais nucléaires français: des vétérans devant la justice
Pour la première fois, des vétérans des essais nucléaires français ont déposé vendredi soir une plainte contre X pour homicide involontaire, atteinte à l'intégrité des personnes et administration de substances nuisibles. Nombre d'entre eux souffrent de maladies, en particulier de cancers, comme Libération le racontait dès janvier 2002. «Nous voulons faire reconnaître la responsabilité de l'Etat», indique le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui revendique deux mille adhérents.
«Faire la lumière». Onze anciens employés civils ou militaires, ainsi que deux associations, l'Aven et son homologue polynésienne, Moruroa e Tatou, se sont associés pour déposer cette plainte auprès du tribunal de grande instance de Paris. «Le but de cette procédure est de demander aux institutions judiciaires de faire la lumière sur ce qui s'est passé de 1960 à 1996», explique leur avocat, Me Jean-Paul Teissonnière. Il pointe «une succession de dysfonctionnements, d'erreurs, de négligences et de choix aberrants qui a conduit à des irradiations».
Une enquête conduite par l'Aven auprès de 720 de ses membres indique que 30 % d'entre eux souffrent de cancers, le double de la moyenne dans cette classe d'âge. En termes statistiques, les résultats de cette enquête doivent être pris avec prudence, car rien n'indique que l'échantillon soit représentatif. Faute d'études épidémiologiques au niveau national, on ne dispose d'aucune donnée fiable sur la santé des vétérans des essais.
«Environ 150 000 personnes ont participé aux 210 essais nucléaires français», affirme le chercheur Bruno Barrillot, qui publie un livre sur «les Irradiés de la République» (1). Sur ces 210 essais, une cinquantaine ont eu lieu dans l'atmosphère, dans le Sahara et le Pacifique.
En juillet, lors de sa visite officielle en Polynésie française, Jacques Chirac avait annoncé la création d'un «comité de suivi» de la santé des anciens du nucléaire. Ce comité, copiloté par les ministères de la Santé et de la Défense, devrait voir le jour «dans les prochaines semaines», explique un proche du dossier. Dans un premier temps, il devrait procéder à un état des lieux, sans exclure la possibilité d'une étude épidémiologique.
Doses. Selon les données dont dispose le ministère de la Défense, «de l'ordre d'une centaine» de personnes ont été exposées à des «doses significatives» de rayonnements dans le Sahara et «moins d'une dizaine» en Polynésie. Une dose «significative» est supérieure à 50 millisieverts, c'est-à-dire le maximum que peut recevoir un travailleur du nucléaire. Dans le Sahara, lors de l'accident Béryl du 1er mai 1962, des doses de 600 millisieverts ont été reçues. Dans le Pacifique, un pilote qui traversait le champignon atomique pour des prélèvements en avait reçu 180. L'un des problèmes rencontrés par les vétérans est que leur dossier, libre d'accès grâce à la loi Kouchner de mars 2002, ne contient pas de relevés de dosimétrie. Négligence, désorganisation ? Quoi qu'il en soit, depuis un an, la justice a donné raison à trois vétérans malades, qui demandaient des pensions militaires d'invalidité. Au bénéfice du doute.
(1) Bruno Barrillot, les Irradiés de la République. Editions Complexe-Grip-Cdrpc
13 Essais nucléaires : Les victimes irradiées portent plainte contre l'Etat
SAHARA, 1963. La France a commencé ses essais nucléaires en Afrique du Nord au début des années soixante. Aujourd'hui, les victimes des radiations porteront plainte pour « homicide involontaire » .
C'EST UNE PREMIÈRE. Ce matin, les associations des victimes des essais nucléaires français, qui regroupent 1 200 personnes, déposeront plainte devant le tribunal de Paris pour « homicide involontaire » et « atteinte à l'intégrité physique par imprudence ». « Nous attendons que l'Etat reconnaisse sa responsabilité dans les manques de précaution et la contamination des personnels des sites d'essais », explique M e Jean-Paul Tessonnière, l'avocat des victimes. Avant ce dépôt de plainte, des élus de Polynésie, des anciens travailleurs du nucléaire, tiendront une conférence de presse au Sénat pour exprimer ce qu'ils ont vécu. Ils parlent de populations enfermées dans des abris antiatomiques gardés, de fuite de produits radioactifs, de cancers prématurés, de naissances de bébés mal formés.
Cancers et maladies rares
François Vignolle, Le Parisien, vendredi 28 novembre 2003.
14 in : Le Télégramme de Brest 17/11/03
Nucléaire. Les vétérans sortent de leur silence
Alors que les ravages de l'amiante éclatent au grand jour, un autre scandale, longtemps « Secret défense », sort peu à peu des limbes de l'Histoire récente. Entre 1960 et 1998, au Sahara puis en Polynésie, l'armée française s'est livré à 200 essais nucléaires. Cancers, maladies cardio-vasculaires... décimeraient aujourd'hui les vétérans de ces essais.
Ils viennent de créer l'Aven (*).
Les Etats-Unis reconnaissent, depuis 1998, une vingtaine de cancers directement liés à leurs essais nucléaires. « Pourquoi la France ne veut-elle pas donner les mêmes droits à ses vétérans ? », interroge Pierre Marhic, Jean-Henri Bouffard et Jacques Dezetter, membres de l'Association nationale des vétérans victimes des essais nucléaires.
154.700 personnes concernées
Dans le désert du Sahara, 17 essais nucléaires furent réalisés par l'armée française entre 1960 et 1966 avant qu'elle ne choisisse le site de l'atoll de Mururoa, pour 193 autres (dont 46 atmosphériques), entre 1966 à 1996 (le site est aujourd'hui encore interdit d'accès). Cent cinquante mille personnels - militaires ou membres du commissariat à l'énergie atomique - ainsi que 4.700 travailleurs polynésiens, auraient ainsi été exposés, sans protection particulière, à des doses radioactives importantes. « Plus l'irradiation est importante, plus les effets sont retardés », pointe Jacques Dezetter. Depuis une quinzaine d'années, d'alarmantes pathologies se déclarent, selon eux, chez de nombreux vétérans.
Cancers du sang, tumeurs...
Las « du mépris des autorités militaires », quelques-uns d'entre eux viennent donc de créer une association, dont le siège est situé à Bohars (29). « Aucun gouvernement ne s'est penché sur le suivi médical des vétérans. 37 % d'entre eux sont aujourd'hui atteints de maladies diverses; cardio-vasculaires, endocriniennes, ophtalmologiques ».
Les cancers sont aussi, selon eux, légion : « Chez les vétérans et les anciens travailleurs polynésiens, les cancers du sang, ainsi que des tumeurs malignes comme les lymphomes ou les myélomes sont trois fois plus élevés que la moyenne française ». Une adhérente raconte encore le calvaire de sa fille, née avec trois chevilles. « Des fausses couches, des malformations congénitales ont été constatées dans les familles de vétérans ».
Droit aux soins gratuits et à l'information
L'Aven va maintenant militer pour, notamment, l'obtention de la carte de soins gratuits pour les vétérans et leurs descendants, un suivi médical permanent et gratuit, l'attribution de pension de réversion à 100 % pour les veuves et orphelins, le versement de pension d'invalidité, le droit à l'information et l'accès aux dossiers médicaux...
Ainsi que sa participation aux travaux de l'observatoire de la santé des vétérans.
Michel Alliot Marie, ministre de la Défense, en a, en effet, annoncé la création. Selon l'Avven, aucun représentant d'associations n'est encore prévu au sein des comités directeur et scientifique de cet observatoire. Simple oubli sans doute.
06.63.76.68.56 ou 02.98.47.02.84.
15
Victimes présumées de radiations, les "vétérans" des essais nucléaires français
au Sahara et en Polynésie se mobilisent.
Peut-on mourir de loyauté ? Non, bien sûr. Ce sont les cancers - d'abord un cancer du cavum (cavité interne du nez), puis du sinus, puis des poumons -, qui ont emporté Bernard Ista, 67 ans, ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le 1er février 1998. Sur la photo, posée dans un coin du salon, on voit un bel homme, le cheveu brun, l'air énergique. "Il faisait partie de cette génération, née avant-guerre, qui avait conscience de participer à une aventure extraordinaire qui allait faire la grandeur de la France", souligne Danielle, sa veuve. Aucune ironie dans la voix. Un brin d'amertume, c'est tout. Les souvenirs du général Charles Ailleret - l'officier chargé de démarrer les premiers essais nucléaires français au Sahara - ne s'intitulent-ils pas, précisément, L'Aventure atomique française (Grasset, 1968) ?
"Hourra la France !", s'écrie le général de Gaulle, le 13 février 1960, en saluant la première explosion saharienne effectuée dans la région de Reggane (sud de l'Algérie). "Bernard y était, note Danielle Ista. Il a fait tous les tirs. Mais, dans ses lettres, il ne nous parlait pas de son travail. Jamais. J'ai appris bien plus tard que cela faisait partie des consignes." Elle-même, sur le coup, ne s'inquiète de rien. Même l'accident de Béryl - du nom du deuxième essai souterrain dans le Sahara -, le 1er mai 1962, ne lui laisse aucun souvenir. "Quand, bien après, j'ai entendu Bernard et ses collègues évoquer cette histoire, ça ne m'a pas affolée. Ils en parlaient comme d'un incident un peu ridicule, un raté technique, raconte-t-elle. Avec le recul, je me rends compte à quel point ils étaient conditionnés. Mon mari a toujours pensé que la sécurité maximale était assurée. Il disait : "Nous, on n'est pas comme les Américains ! On fait ça proprement !" Il avait toute confiance dans le savoir-faire des équipes. Pour lui, c'était une évidence : s'il y avait eu le moindre danger, la France ne les aurait pas exposés."
Jacques Muller, alors jeune militaire, était également sur place lors du "raté technique" de Béryl, le 1er mai 1962, dans la région d'In-Eker. Ce jour-là, se souvient-il, c'est "en short et chemisette" qu'il assiste au "spectacle": "La montagne blanchit, le sol ondule. Pour moi, c'est très beau, cette flamme rouge et noire qui sort de la montagne (...). Le "Venez voir, c'est beau, vous ne risquez rien !" m'empêche de réagir, et je ne suis pas le seul." Le soldat met plusieurs secondes avant de réaliser que ce qu'il voit n'est pas normal : "Le nuage nucléaire est sorti de la montagne."C'est la panique. "Officiels, civils, curieux, tout le monde court, se véhicule, se sauve vers la base-vie - sauf peut-être les appelés, qui attendent les ordres."Le nuage atomique, lui aussi, se déplace. Tranquillement. Mortellement. Le ministre de la recherche scientifique et des affaires atomiques, Gaston Palewski, présent lors de cet accident, succombera à une leucémie en 1986. Plus chanceux, le ministre des armées, Pierre Messmer, s'en tirera sain et sauf. Bien que "fortement irradié", il a été, dit-il, "très bien soigné".
Jacques Muller, aujourd'hui militant de l'Association des vétérans des essais nucléaires français (AVEN), a du mal à en dire autant. Son témoignage, livré en janvier 2002, lors d'un colloque à Paris, a été publié, avec une dizaine d'autres, dans Les Essais nucléaires et la santé (édité par le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, CDRPC, Lyon, juillet 2002). Devenu aveugle, l'ancien militaire de carrière est convaincu que sa cécité est la conséquence de l'accident du 1er mai 1962. Mais comment le prouver ? Toutes les opérations de tirs nucléaires de l'époque restant classées "secret-défense", le ministère des armées "lui répond invariablement que sa cécité est "non imputable au service" et qu'aucune pièce de son dossier médical ne figure dans les archives militaires", résume Bruno Barrillot, dans L'Héritage de la bombe(Edition du CDRPC, 2002).
Ya-t-il eu d'autres "ratés" au Sahara ou par la suite en Polynésie - où le dernier tir a eu lieu en 1996 ? Militant pacifiste, Bruno Barrillot, ancien prêtre à Lyon et principal animateur de l'Observatoire des armes nucléaires françaises, en est persuadé. Outre l'accident de Béryl, les autorités reconnaissent, en 1981, devant l'Assemblée nationale, par la voix de Charles Hernu, alors chargé du portefeuille de la défense, que les "déchets d'une explosion nucléaire" ont été "dispersés", en mars de cette même année, sur l'atoll de Mururoa, à la suite d'un cyclone, "créant une situation radiologique nouvelle".
Deux accidents en trente-six ans ? Deux accidents seulement, pour l'ensemble des 210 essais nucléaires français effectués au Sahara (de 1960 à 1966) puis en Polynésie (de 1966 à 1974, puis de 1975 à 1996) ? Au siège parisien du CEA, on confirme ce bilan : "A posteriori, en examinant l'ensemble des données, j'ai le sentiment que tout a été fait de manière très professionnelle et que cela a conduit à une protection efficace des populations et des personnels", explique le docteur Anne Flüry-Herard, chercheuse au CEA. "Les anciens n'ont peut-être pas été parfaits, mais ils ont fait de leur mieux", renchérit son confrère Jean-Michel Giraud, conseiller médical au CEA - au sein duquel seulement "une dizaine de maladies professionnelles" ont été reconnues chez des personnes "ayant participé aux essais nucléaires".
Côté militaire, sur cinquante-sept demandes de pension d'invalidité, douze ont, à ce jour, été accordées, nous a précisé le médecin-colonel Frédéric Poirrier, du service de santé des armées. "De nombreuses demandes ont été rejetées pour défaut de preuve, précise le docteur Poirrier. Cette constatation peut s'expliquer sans doute par le fait que la preuve de la contamination n'a pas toujours été rapportée avec certitude. Et, quand bien même celle-ci a été établie, il n'est pas toujours possible d'établir un lien de causalité entre le fait et l'affection d'apparition tardive, souvent plusieurs années après." Tout en pesant ses mots, Mme Flüry-Herard (CEA) se veut optimiste pour l'avenir : "Globalement, il ne devrait pas y avoir d'excès de cancers parmi les travailleurs des sites."
Les études scientifiques de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiées toutes deux en 1998, vont dans le même sens. Les traces de radioactivité détectées sur les atolls de Mururoa et Fangataufa ne seront d'"aucune conséquence sur la santé humaine", conclut l'AIEA. "Aucune augmentation significative de l'incidence des cancers" n'a pu être relevée, du moins "dans les îles et atolls situés à moins de cinq cents kilomètres de Mururoa", ajoute l'Inserm - à deux réserves près : le constat d'une incidence "plus importante" des cancers de la thyroïde et le souhait qu'une étude similaire puisse être conduite ultérieurement, lorsque les "sujets" observés, "qui étaient enfants durant les tirs atmosphériques (...), seront plus âgés".
16 Libération jeudi 24 janvier 2002 Les soldats français irradiés «proprement»
PARIS, 23 jan (AFP) Essais nucléaires français : Des effets "dérisoires" (rapport parlementaire)
Chirac remercie la Polynésie de sa contribution au nucléaire
Voir: "Dans le secret du Paradis", 60 mn en Realvideo 33Kb
Ce film réalisé par les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin met en avant les conséquences sur la personne des explosions nucléaires menées par les autorités françaises au Sahara (Regane et In Eker) et en Polynésie (Moruroa et Fangataufa). Une période qui court du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 et couvre 210 essais nucléaires, aériens ou souterrains.
TAHITI (27 juillet 2003) - Sept ans après l'arrêt des essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa, qui continuent de susciter la controverse dans le Pacifique Sud, Jacques Chirac a exprimé samedi la reconnaissance de la France à la Polynésie française, affirmant que la République "n'oubliera jamais".
"La Polynésie française a participé de manière déterminante à la Défense nationale et à la Sécurité extérieure de la France, qui ne l'oubliera jamais", a déclaré le chef de l'Etat lors d'un discours au siège du gouvernement de Polynésie française.
"A partir de 1960, comme l'avait voulu le général de Gaulle et jusqu'en 1996, le centre d'expérimentation du Pacifique a permis à notre pays de préserver sa souveraineté et son indépendance dans un monde de plus en plus dangereux", a-t-il poursuivi, sans évoquer explicitement les essais controversés de 1995 et 1996.
"Sans la Polynésie, la France ne serait pas la grande puissance qu'elle est aujourd'hui, capable d'exprimer, dans le concert des nations, une position autonome, indépendante et respectée". "La République ne l'oublie pas. C'est pourquoi j'ai souhaité la pérennisation du Fonds de reconversion de l'économie polynésienne, mis en place à la suite de l'arrêt des essais nucléaires", a-t-il ajouté.
La reprise des essais aériens sur les atolls de Mururoa et Fangataufa (archipel des Gambier), décidée par Jacques Chirac après son élection en mai 1995, avait entraîné de violentes manifestations en Polynésie et une levée de boucliers mondiale, notamment dans les pays voisins du Pacifique Sud, Australie et Nouvelle-Zélande en tête.
La France a procédé à 193 essais nucléaires en Polynésie entre juillet 1966 et janvier 1996.
Une association, Moruroa e Tatou (Mururoa et nous), créée en juillet 2001 à Papeete, milite pour le droit à l'indemnisation des anciens salariés malades ou des familles des salariés décédés, s'inspirant de la loi d'indemnisation des vétérans exposés aux radiations votée en avril 1988 aux Etats-Unis.
MANIFESTATION A PAPEETE
Faute de données précises sur l'impact sanitaire des essais, l'association a demandé à Médecins du Monde une évaluation des cas "suspects". Un médecin est attendu en octobre à Tahiti, où il restera un an pour procéder à des examens.
La France a mis en place en 1996 le Fonds de reconversion économique pour la Polynésie (Frep). Cette aide financière, qui représente près de 151 millions d'euros par an, a été pérennisée en 2002 et transformée en dotation globale illimitée au développement économique (DGDE).
17 Polynésie: les vétérans du nucléaire manifesteront pendant la visite de Jacques Chirac
PAPEETE (6 juillet 2003) - Moruroa e Tatou, association des anciens travailleurs des sites nucléaires français dans le Pacifique, organisera un rassemblement à Papeete pendant la visite de Jacques Chirac en Polynésie française, fin juillet.
La France a procédé à 193 essais nucléaires, dont 41 aériens, sur les atolls polynésiens de Moruroa (orthographiée à tort Mururoa) et Fangataufa, de 1966 à 1996. Après son élection en 1995, Jacques Chirac avait décidé d'une ultime campagne d'essais en Polynésie française, après leur suspension en 1992 par François Mitterrand.
18 Les vétérans des essais nucléaires cherchent à coordonner leurs actions en justice
19 L'Etat condamné pour l'irradiation d'un appelé en 1962 lors un essai nucléaire
La cour va faire procéder à une expertise médicale pour évaluer le préjudice global de l'ancien appelé qui réclame 500.000 francs (plus de 76.000 euros) au titre de dommage et intérêts.
Essais nucléaires: les vétérans accusent
2 00 vétérans des essais nucléaires français, essentiellement des Finistériens et des Costarmoricains se sont réunis hier à La Martyre, près de Landerneau pour s'informer et témoigner.
Ils exigent que l ' Etat reconnaisse officiellement le lien entre leur présence sur les sites d ' expérimentation et la dégradation de leur état de santé. « Nous estimons à 82.000 le nombre de personnes concernées par notre démarche (210 essais nucléaires ont été effectués par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie) », expliquait hier Jacques Melon, délégué finistérien de l'association des vétérans des essais nucléaires (Aven).
« Manque criant »
En présence de l'amiral Antoine Sanguinetti , ancien commandant du Clémenceau, et de la veuve du général Jacques de Bollardière, les membres de l' Aven ont dénoncé le « manque criant » selon eux de précautions prises lors des expérimentations nucléaires menées par la France entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie.
Antoine Sanguinetti, qui a assisté à quatre explosions au Sahara, a salué la démarche des vétérans, en estimant que « ce qui est important, c ' est que pour la première fois des gens qui ont été mêlés à ces questions d ' irradiation parlent ». De son côté, Simone de Bollardière, qui milite en faveur de la vérité sur les explosions nucléaires, a rappelé l' action conduite par son mari, notamment en 1973, contre les essais nucléaires, pour laquelle il avait été sanctionné.
Entre la première explosion « Gerboise bleue » au Sahara le 13 février 1960, et la dernière, le 27 janvier 1996 sur l'atoll de Fangataufa (Polynésie), la France a procédé, selon les chiffres officiels, à 210 essais nucléaires, d'abord atmosphériques puis souterrains .
« Un tissu de mensonges »
La Bretagne est l'une des régions les plus touchées en raison de la présence de la Marine nationale. « Le ministère de la Défense ayant refusé de nous communiquer la liste des gens qui étaient sur site, nous lançons des appels à témoins pour établir des statistiques », explique Jacques Melon.
Actions juridiques
Si les politiques continuent à faire la sourde oreille, Aven aura recours à la voie juridique. « Nous jetterons les bases de notre stratégie lors de notre assemblée générale en juin 2003 ». Décès prématurés, pathologies cancéreuses, « nous entendons prouver de façon irréfutable la relation de cause à effet entre la présence des vétérans sur les sites d'expérimentations nucléaires et leur état de santé actuel », confie Jacques Melon. Lui, était appelé en 1970. Il travaillait au laboratoire de radiologie de l'hôpital de Papeete où il effectuait des mesures de radioactivité du corps humain.
« Vie foutue en l'air »
Plus tard, à 50 ans, Jacques Melon a été opéré d'un cancer de la prostate. « Le cancérologue qui m'a opéré à Lyon m'a parlé de cause génétique. Mon généraliste est persuadé qu'il est lié à des problèmes d'irradiation ». Jacques Melon a entamé une démarche individuelle. Mais, il est convaincu que c'est un collectif qui triomphera.
Travail de mémoire et secret défense
Créée en juin 2001 à Lyon, l'Aven s'organise en réseau national, régional et départemental.
Contact Finistère : Jacques Melon,
7 rue de l'Hippodrome à Quimper. Tel 02.98.90.31.82
E-mail : jacquesmelon@hotmail.com
21 Dominique Le Bian-Rivier
Réunion des vétérans des essais nucléaires samedi à Brest
BREST, 13 nov 02 - L'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) organise samedi à Brest une réunion d'information sur les conséquences sanitaires "catastrophiques" des expérimentations nucléaires menées par la France entre 1960 et 1996, a-t-on appris mercredi dans un communiqué.
22 in : LE PARISIEN 13/09/2002
Polémique sur le nucléaire
Le douloureux combat d'une veuve
BERNARD était ingénieur au CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Bruyères-le-Châtel. En 1998, à 67 ans, il est décédé des suites d'une très longue maladie. Un cancer rare, de la cave du nez, qui s'est propagé aux poumons. Aujourd'hui, sa femme voudrait savoir pourquoi le CEA n'a jamais voulu lui transmettre le dossier médical complet de son mari, qui a pourtant participé aux essais nucléaires français réalisés dans le Sahara et dans le Pacifique. Ce soir, Danielle témoigne dans un reportage diffusé sur France 2 (*) et consacré aux éventuelles conséquences des explosions nucléaires menées par les autorités françaises. Danielle habite désormais Breuillet. Elle a rejoint les rangs de l'Association des vétérans des essais nucléaires français, créée voilà un an pour « réclamer la transparence sur ce qui s'est vraiment passé ». A 62 ans, elle se souvient avec nostalgie de « ces belles années » passées à Papeete (Tahiti), de 1966 à 1972. « J'étais jeune, avec trois enfants, vivant sur une île superbe avec des habitants très chaleureux. » Là-bas, « les travailleurs du nucléaire » étaient confiants, convaincus qu'ils ne risquaient rien. « Mon mari était très bien suivi médicalement, avec toutes sortes d'examens poussés réalisés régulièrement. Et puis le nucléaire ne fait pas peur car il ne se voit pas, ne se touche pas, et ne se sent pas ! » Danielle non plus ne se posait pas de questions. De toute façon, elle ne savait presque rien des activités exactes de son mari. « La loi du silence faisait partie du contrat, raconte-t-elle. Mon mari s'est lancé avec enthousiasme dans l'aventure du nucléaire menée par le général de Gaulle. Il était fier de travailler pour la grandeur de la France, alors il respectait le secret défense. »
Les premiers doutes sont finalement nés avec la maladie. En 1991, alors qu'il devait partir pour une nouvelle mission en Polynésie, Bernard découvre qu'il est atteint d'un cancer. « Il était enrhumé depuis des mois, se rappelle Danielle. En fait, c'était une tumeur très rare en France. Je n'accuse personne, mais je veux juste que l'on détermine les dangers exacts du nucléaire pour préserver les générations futures. Ça ne changera plus rien à la douleur de ma famille. » Bernard vivra sept ans avec la maladie. Sept longues années pendant lesquelles ses enfants vont chercher à comprendre. « Ma plus jeune fille l'a harcelé pour savoir quelles étaient précisément ses missions. Et puis mon mari en a parlé à ses collègues, dont certains étaient aussi malades. Après sa mort, j'ai demandé son dossier médical. On m'a envoyé un résumé où ne figurent même pas les mesures de radiométrie. » Danielle se bat désormais pour que la lumière soit faite. « Je suis en colère contre certains agents du CEA qui nous méprisent », tempête-t-elle. Elle dénonce ainsi « cette espèce de certitude dans laquelle sont installées les scientifiques qui jouent les apprentis sorciers en permanence, sans savoir où ils nous mènent. La France est le seul pays où les douaniers ont pu stopper le nuage de Tchernobyl ! »
23 in : LA DEPECHE DU MIDI 13/09/2002
Jacques Muller, de Montbeton, témoigne vendredi soir sur France 2
« Dans le secret du Paradis » et combien de misères ?
Eux-mêmes ou leurs familles se heurtent à une fin de non-recevoir de la part des autorités militaires qui répétent contre toute évidence que les essais ont été effectués selon les conditions de sécurité, tant pour les personnels civils et militaires que pour l'environnement. Plusieurs vétérans ont entamé des procédures judiciaires pour faire reconnaître leur droit à pension et indemnisation. Longtemps les tribunaux se sont alignés sur le point de vue des autorités militaires, mais récemment certains tribunaux (la Cour des pensions militaires de Chambéry, par exemple) donnent raison aux vétérans en refusant d'admettre que le « secret militaire » puisse couvrir tous les risques sanitaires auxquels les vétérans ont été exposés.
MAI 1962 A IN-AMGUEL
Martine CASSAN.
24
Communiqué de l'Observatoire des armes nucléaires françaises 05/09/02
Un reportage accusateur
Vendredi 13 septembre 2002, Stéphane Paoli présentera sur France 2 (Contre courant à 23 h 45) une enquête réalisée par Jacques Cotta et Pascal Martin intitulée « Dans le secret du paradis ».
- ouverture des archives des essais nucléaires,
- accès à l'intégralité des dossiers médicaux,
- adoption d'une loi sur le suivi des essais nucléaires français
- participation des associations au processus de règlement des conséquences des essais nucléaires.
"Dialogue raté" entre les anciens travailleurs de Mururoa et la ministre des DOM-TOM
L'association Mururoa E Tatou, qui regroupe 1160 anciens travailleurs des sites nucléaires en Polynésie, souhaite l'ouverture des dossiers médicaux de ces travailleurs "comme l'autorise la loi du 5 mars 2002 sur la communication à tout particulier de son dossier médical". L'association note encore que le taux de cancers de la thyroïde est, en Polynésie, parmi les plus élevés au monde -le deuxième, en fait, après la Nouvelle-Calédonie- et que refuser d'admettre le lien entre ces cancers et les essais nucléaires, "c'est pour les autorités, aujourd'hui comme autrefois, faire la preuve de leur incurie et de l'absence de précautions vis-à-vis de tous ceux qui ont été exposés aux risques de radio-activité".
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Un millier d'anciens de Mururoa réclament l'ouverture de leurs dossiers médicaux
PAPEETE, 20 août - Réunis au sein de l'association "Mururoa E Tatou" (Mururoa et nous), 1.160 anciens travailleurs sur les sites nucléaires de Mururoa et Fangataufa, ainsi que les familles des travailleurs aujourd'hui disparus, réclament à l'Etat l'ouverture de leurs dossiers médicaux, a-t-on appris auprès du président de l'association.
"Le problème, explique Roland Oldham, est qu'en Polynésie, les essais nucléaires ont constitué la trame d'enjeux, de luttes politiques : être pronucléaire, c'était appartenir à la majorité, et s'y opposer, c'était être indépendantiste". Aujourd'hui, "Mururoa E Tatou" veut donc expliquer aux Polynésiens que "les maladies liées aux radiations ne sont pas politiques".
LA VOIX DU NORD 24/07/02
Les apprentis sorciers du nucléaire
27 in : LE POINT 02/08/2002
Le secret des irradiés du Sahara
En 1960 et 1961, l'armée française a profité des essais nucléaires dans le Sahara pour organiser des manoeuvres en milieu radioactif. Les appelés cobayes n'ont jamais entendu parler d'indemnisation.
Christophe Labbé et Olivia Recasens
Certes, mais aujourd'hui encore les archives militaires sur les manoeuvres Hippocampe restent couvertes par le secret défense...
Jean Vautrin et la bombe A
« Tout a commencé en 1959 au fort d'Ivry, où j'avais été mis au secret avec ordre d'écrire un scénario sur la première bombe atomique française. » Jean Vautrin, prix Goncourt 1989, effectue alors son service militaire en tant que cinéaste des armées. En décembre 1959, une fois son scénario bouclé, il est envoyé au centre d'expérimentation nucléaire de Reggane, dans le Sahara, pour y filmer l'explosion. « Je garde de cette expérience le souvenir de quelque chose de typiquement français : un mélange de grandeur, de bordel ambiant et d'apprentis sorciers. » Dans le désert algérien, les haut-parleurs diffusent de la musique, puis le compte à rebours démarre. « Au moment du tir, l'éclair nous a envahi la cervelle. Ensuite, dans un silence impressionnant, le champignon s'est élevé, monstrueux. L'onde de choc est arrivée à la façon des cavaliers de l'Apocalypse, roulant sur nous et nous traversant. Soudain, au milieu du tonnerre, nous nous sommes aperçus que nous n'avions pas enregistré le son de l'explosion... » Impossible d'annoncer la nouvelle aux militaires, qui comptent sur le film pour montrer au monde la puissance de la France. « Alors, nous avons triché. On peut le dire maintenant parce qu'il y a prescription, nous avons récupéré le son d'une bombe américaine pour sonoriser la première explosion nucléaire française ! » C. L. et O. R.
29 in : LA VOIX DU NORD 21/07/2002
Ils étaient dans le Sahara ou en Polynésie
Les vétérans du nucléaire s'organisent
Renseignements auprès de M. Egginton au 03 22 47 26 65.
Email : EJegginton@aol.com
Association Moruroa e Tatou
Communiqué
Papeete-Lyon, 2 juillet 2002.
Association Moruroa e tatou
BP 5456 Pirae Tahiti (Polynésie Française)
Tél (689) 43.09.05 Tél/Fax : (689) 42.15.69
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
31 in : Ouest-France du17/12/01
« Je bloquais le compteur Geiger »
Les vétérans des essais nucléaires français s'associent
Une association de vétérans des essais nucléaires (Aven) s'est créée en juin à Lyon. Tous ont des problèmes de santé. Ils dénoncent l'irresponsabilité de l'armée, réclament la réouverture des dossiers médicaux et demandent à l'État de reconnaître ses responsabilités.
32 Communiqués de l'association des Vétérans des essais nucléaires
Samedi 9 juin 2001 à Lyon, a été créée l'association des Vétérans des essais nucléaires français et leurs familles.
Les membres fondateurs de l'association des vétérans des essais nucléaires déclarent que nombre d'entre eux ont subi des conséquences dramatiques pour leur santé. Ils pensent que l'origine de leurs maladies est à trouver dans le manque de précautions élémentaires prises pour leur protection lors des essais nucléaires. « Nous estimons que le moment est enfin venu pour la France de reconnaître ses responsabilités, de faire la vérité sur des expériences nucléaires qui ont engagé plusieurs dizaines milliers de personnes, militaires professionnels et militaires du contingent, personnels civils des armées, du Commissariat à l'énergie atomique et des entreprises sous-traitantes, métropolitains, polynésiens ou algériens » a déclaré le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association.
Pour tout contact :
Jean-Louis Valatx Tél : 04 78 77 71 27
Bruno Barrillot Tél 04 78 36 93 03
Contre le silence de l'armée française sur les cancers éventuellement liés aux essais nucléaires.
LE RÉVEIL DES IRRADIÉS
Une association de «vétérans des essais nucléaires», en contact avec 380 malades, dénonce l'inertie de l'armée. Elle réclame une étude épidémio-logique sur tous les personnels civils et militaires qui ont été exposés depuis 1960.
Treize février 1960, dans le Sahara. Gerboise bleue, la première bombe atomique française, vient d'être testée avec succès. «Hourra pour la France!» s'écrie le général de Gaulle. Gérard Dellac effectue alors son service militaire au 620e groupement des armes spéciales. Un officier lui demande de le conduire en Jeep au «point zéro», à l'endroit exact où l'explosion nucléaire a eu lieu quelques heures auparavant. Pour y planter un drapeau tricolore ! A peine arrivés sur place, un hélicoptère les survole et leur ordonne de s'en aller immédiatement. De retour à la base de Reggane, en Algérie, on les passe au compteur Geiger et on découvre des poussières radioactives dans les cheveux. Direction la douche, pour décontamination.
«Je ne suis même pas allé à l'infirmerie. Rien !» raconte aujourd'hui Gérard Dellac. En 1991, trente et un ans plus tard, un médecin diagnostique chez lui un cancer de la peau (lésions spino-cellulaires) sur le visage. Gérard Dellac subira au total neuf opérations, dont l'une au cours de laquelle un chirurgien lui enlèvera l'oreille droite. Ce plombier du Tarn demande alors réparation à l'armée. L'affaire traîne. En janvier 2001, la Cour des pensions le déboute. En ces termes: «Le livret médical porte trace d'une irradiation. [...] Ce facteur peut constituer un risque supplémentaire de cancer de la peau au même titre que le soleil». Il est donc «impossible de déterminer une relation directe et certaine de cause à effet». L'affaire attend toujours d'être jugée en appel.
Le cas de Gérard Dellac n'est pas unique. Créée en juin 2001, l'association des Vétérans des essais nucléaires (1) est en contact avec 380 malades anciens militaires, salariés du CEA (Commissariat à l'énergie atomique). Ou avec leur veuve... Aucune certitude scientifique, mais beaucoup de questions. Et surtout la volonté de «faire la lumière sur l'impact sanitaire des essais nucléaires», comme l'explique Bruno Barrillot, l'un des animateurs de l'association et auteur de l'Héritage de la bombe (2). Samedi 19 janvier, les «Vétérans» organisent une conférence, qui se tiendra au Sénat, à Paris. «Ceux qui nous contactent sont évidemment ceux qui ont des problèmes. Quatre cents cas, c'est important mais pas forcément significatif. Mais une chose est certaine: il y a véritablement matière à aller plus à fond dans les études médicales», affirme Jean-Louis Valatx, président de l'association et ancien médecin militaire. Créée à l'initiative de militants antinucléaires proches des milieux chrétiens de gauche, l'association des Vétérans est en contact étroit avec une organisation polynésienne, «Mururoa e Tatou», qui rassemble environ 850 anciens travailleurs du nucléaire. En Polynésie, les essais ont duré de 1966 à 1996, les tests atmosphériques ayant cessé dès 1974. Aucune information n'est en revanche disponible sur l'état de santé des populations touareg du Sahara, où les premiers essais français ont eu lieu, entre 1960 et 1966.
Les yeux fermés
Rien n'était prévu pour les fiascos. Comme celui du 1er mai 1962, lors de l'essai «Béryl» à In-Eker (Algérie). Un test sous-terrain pour lequel un tunnel avait été creusé dans une montagne granitique, la Taourirt Tan Afella, au nord de Tamanrasset. Au moment du tir de l'arme atomique, les calculs des physiciens se sont révélés faux. Plus forte que prévue, l'explosion a fait sauter le bouchon du puits. Michel Dessoubrais, appelé au 621e groupement des armes spéciales, y était: «Avec ma patrouille, nous étions à une dizaine de kilomètres. Le sol tremblait et une très grande flamme horizontale est sortie de la montagne. Puis un grand nuage de fumée noire. Ce n'était pas normal, mais nous ne savions pas quoi faire. Nous avons mis nos masques à gaz et nous sommes restés près de trois heures sur place. Des gars en combinaison sont arrivés pour faire des prélèvements et nous ont dit de foutre le camp». Les neufs militaires sont décontaminés: «Sous la douche, deux gars m'ont frotté pendant plus de trois heures. Et on m'a rasé les cheveux.» Une semaine plus tard, les soldats sont transférés à l'hôpital Percy de Clamart, en région parisienne. «On nous a mis dans le pavillon des officiers, avec des gendarmes à l'entrée.» Pendant près de trois mois, les examens se succèdent, jusqu'à deux ou trois prises de sang quotidiennes. «On ne nous a jamais donné aucun résultat», assure Michel Dessoubrais, aujourd'hui retraité dans l'Indre.
Libéré, Michel Dessoubrais obtient une pension d'invalidité temporaire (trois ans) à 10 %. «Des séquelles? Ce que je sais, c'est que nos deux premiers enfants sont morts à la naissance. Mais ce n'est peut-être pas à cause de cela», dit-il. Michel Muller était également sur place le 1er mai 1962, comme pilote d'hélicoptère. Ilest aujourd'hui aveugle, mais le ministère de la Défense estime que sa cécité «n'est pas imputable au service». L'accident de l'essai «Béryl» aurait pu tourner à l'affaire d'Etat: deux ministres assistaient en effet au tir et ont directement été touchés par les retombées: Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche scientifique. A 85 ans, le premier se porte bien; le second est mort d'un cancer en 1984, convaincu d'être une victime d'In-Eker.
Plus de 76 000 personnes concernées
Comment savoir? «Il n'y a jamais eu aucune étude sur les anciens militaires et civils des essais nucléaires», regrette Florent de Vathaire, épidémiologiste de l'Inserm. Ce chercheur de Villejuif étudie leur impact sur la santé de la population polynésienne, qui aurait pu être victime de retombées radioactives entre 1966 et 1974. «Nous avons pu constater qu'il n'y a pas eu de gros problèmes, explique-t-il. Mais maintenant nous voulons aller plus loin, avec une étude plus fine sur les cancers de la thyroïde. Or, nous n'avons aucun financement public pour le faire...». «Rien n'autorise à dire que les vétérans n'ont pas été contaminés lors des essais, mais rien ne le prouve non plus. Ce qui est sûr, c'est que certains sont psychologiquement traumatisés» (Comme d'habitude le nucléaire n'est pas dangereux sauf pour la santé mentale, c'est une découverte russe due à Tchernobyl), dit le député (PS, Nord) Christian Bataille (il fait partie du lobby pronucléaire), coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, qui doit être rendu public fin janvier. Cet élu reconnaît qu'il «sera peut-être nécessaire de procéder à une étude épidémiologique sur l'ensemble de cette population». (il est coauteur d'un rapport parlementaire sur les essais nucléaires français, rapport qui n'a pas étudié les effets sur la santé, mais merde, pourquoi est-il payé ce con !)
------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française
------> La France aurait employé des adolescents et des enfants sur les sites du Pacifique
«Bureaucratie un peu lourde»
--------> Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques
(1)Vétérans des essais nucléaires-CDRPC,187, montée de Choullans, 69005 Lyon. Tél.: 04 78 36 93 03. Sur le Net: cdrpc@obsarm.org
34 Méconnaissance ou négligence ?
Par Denis DELBECQ
En fait dès que les radiographies ont commencé à être utilisées en grand nombre (pendant la 1ère guerre mondiale), il a commencé à y avoir beaucoup de décès parmi les médecins radiologues (et quelques uns parmi certains cobayes radiographiés). C'est pour protéger les toubibs que la réglementation a été mise en place. La norme a beaucoup évolué (actuellement 200 fois moins pour les travailleurs du nucléaire qu'il y a 50 ans), et elle ne correspond pas à un seuil en dessous duquel il n'y aurait pas de mort mais à un seuil acceptable au niveau d'un calcul coût/bénéfice, le rayonnement entraîne des morts mais aussi des bénéfices car on sauve un certain nombre de patients en localisant les balles ou éclats d'obus (pendant la guerre) ou les fractures...
Evolution des normes de radioprotection de la CIPR
Pour les travailleurs :
1950 : 15 rem/an,
1956 : 5 rem/an,
1990 : 2 rem/an (20 mSv/an).
Pour la population :
1959 : 0,5 rem/an (5 mSv/an),
1985 : 0,1 rem/an (1 mSv/an).
Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR.
Effets cancérogènes à long terme
Si 1 million de personnes reçoi
NRPB (1992) : 1000 cancers mortels
21:28
Écrit par Justitia & Veritas
dans Général |
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Impérialisme français: contamination nucléaire
Contamination mortelle au nom de la France impérialiste
1 in : Sud-Ouest, 29/04/2005 :
Le combat des irradiés
BILLERE (64) - L'Association des vétérans des essais nucléaires est dorénavant représentée dans le département. Elle regroupe une trentaine d'adhérents.Lorsqu'il était jeune, Patrice Pfeffer a participé en tant que membre de la Marine nationale à trois campagnes d'essais nucléaires. Cela se passait à Mururoa, entre 1969 et 1973. Ce Billérois de 54 ans est aujourd'hui invalide à 80 %. Ces jours derniers, il a supervisé dans sa commune la première rencontre départementale de l'AVEN. Traduisez l'Association des vétérans des essais nucléaires. Un organisme comptant une trentaine d'adhérents dans les Pyrénées-Atlantiques, et 2 500 au niveau national. Tous militent pour que l'Etat prenne ses responsabilités vis-à-vis des personnes qui ont été exposées aux expérimentations nucléaires. Ce qui les amène aujourd'hui à demander un recensement des civils et militaires ayant participé à des tests au Sahara et dans le Pacifique; mais aussi un accès à leurs dossiers médicaux, et... une reconnaissance officielle. Sans oublier la création d'un fonds d'indemnisation et de pension pour les victimes et leurs ayant-droits.
« Le secret-défense est encore prévu pour vingt ans, mais les nouveaux cas sont mensuels. Combien y aura-t-il de plaignants en 2020 ? », s'interroge le collectif.
Certains membres sont persuadés d'avoir contaminé leurs enfants, la plupart d'entre-eux étant stériles ou malades, comme Marie Pietzak : « Mon mari est mort d'un cancer dans d'atroces souffrances après avoir été exposé à Tahiti. Quand il en est revenu, mon fils avait 3 ans. Il est toujours malade depuis. »
Lors de la première explosion atomique dans le Sahara, en 1960 à Reggane, ce dernier effectuait son service militaire en tant que radio. « Une heure après l'explosion, on m'a envoyé au point zéro, à l'endroit même où la bombe avait été posée. Je suis malade depuis. Mais je n'ai jamais eu de reconnaissance de l'Etat; et je viens de perdre en appel... », dit-il, amer et déçu.
D'autres veulent des preuves médicales, comme le jeune Leny Paris. Engagé volontaire entre 1990 et 1991, il travaillait dans une base de missiles sol-sol, sur le plateau d'Albion, dans le Sud-Est de la France (son combat avait été relaté en septembre dernier dans nos pages). Aujourd'hui, il tempête : « On admet que je suis irradié, mais ce que je veux, c'est mon dossier dosimétrique journalier ! »
Qu'ils soient militaires, épouses de militaires ou veuves, chaque adhérent a sa propre histoire. Tous ont une douleur commune, et ont le sentiment d'avoir été sacrifiés, comme si le matériel nucléaire testé importait plus que leurs vies. Aujourd'hui, le partage de leur impuissance au sein de l'Aven redouble l'espoir d'être un jour entendus.
Aven Pyrénées-Atlantiques, 3, impasse Jules Ferry à Billère. Renseignements auprès de Patrice Pfeffer au 06.09.91.17.02 ou sur le site www.aven.org
Un ancien appelé du contingent, qui avait fait la même demande, a de son côté été débouté, selon la même source.
Le tribunal a jugé recevable la demande de pension d'invalidité de Joseph Romain, 69 ans, ancien électronicien à bord d'un bâtiment de la Marine, sous réserve d'une expertise médicale confiée à un médecin qui devra déterminer si son cancer de la peau est imputable à son service dans la Marine.
L'ancien militaire était sur le site des essais nucléaires entre 1966 et 1970. Il est tombé malade en 1985, et a subi jusqu'à présent 14 interventions chirurgicales liées à son cancer de la peau.
Un autre plaignant, André Dayot, 58 ans, qui avait fait son service militaire dans le Pacifique au même moment, a quant à lui été débouté de sa demande de pension d'invalidité. Il souffre du même type de cancer de la peau que M. Romain, mais son taux d'invalidité n'a pas été suffisant par le tribunal pour prévoir une pension.
Leur avocat avait plaidé à l'audience, le 23 mars dernier, que "cette pathologie rare a touché deux personnes qui se trouvaient au même moment sur un site d'essais atomiques. Il y a un lien manifeste entre ce type de pathologie et les rayons ionisants".
Les deux plaignants étaient soutenus par l'association des vétérans des essais nucléaires (AVEN).
Le 15 février dernier, le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine avait déjà ordonné une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon el
Les cancers de Mururoa
Une étude soulève à nouveau la question des conséquences des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennesEntre 1966 et 1996, date du dernier essai nucléaire, les lagons polynésiens de Mururoa et de Fangataufa se sont troublés 193 fois. Une puissance équivalant à 700 fois la bombe d'Hiroshima. Reste maintenant à prouver que ce n'était pas sans conséquences pour les 250 000 Polynésiens qui vivent aux alentours. «Nous avons réalisé une étude pour analyser précisément ce lien, affirme Florent de Vathaire, les résultats arriveront dans six mois.» Ce sera peut-être alors l'épilogue scientifique d'une histoire vieille de quarante ans. Et son envol judiciaire.
4 Essais nucléaires: expertise à la suite de la plainte d'une veuve de militaire
15/02/05 - Le tribunal des pensions d'Ille-et-Villaine a ordonné mardi une expertise suite à la plainte d'une veuve de militaire mort d'un cancer, causé, selon elle, par sa participation à une campagne d'essais nucléaires à Mururoa, a-t-on appris de source judiciaire. Le mari de la plaignante, Mme Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.Mme Le Souder demande que le décès de son mari soit reconnu comme une conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne, qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. Cette reconnaissance lui donnerait droit à une pension d'invalidité. Le tribunal, qui avait examiné cette plainte le 11 janvier, a estimé qu'il ne disposait pas des éléments permettant "d'affirmer la cause précise et éventuellement exclusive du décès". Il a ordonné une mesure d'expertise, confiée à deux médecins de Rennes. Ces derniers ont huit mois pour rendre leur rapport. "Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", avait plaidé l'avocat de la défense lors de l'audience publique du 11 janvier.
Le commissaire au gouvernement avait fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires. Le ministère de la Défense a rappelé en septembre que des tests nucléaires en atmosphère avaient eu lieu de 1962 à 1975 - en Polynésie et dans le Sahara - et que les "mesures de protection des personnes à l'époque étaient sérieuses, étayées, adaptées aux risque et conformes à la législation" à l'époque en vigueur. Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
Essais nucléaires: plainte examinée
Le tribunal des pensions de Rennes a examiné mardi 11 janvier la plainte de la veuve d'un militaire mort d'un cancer du poumon lié, selon elle, à la présence de son époux à Mururoa lors d'une campagne d'essais nucléaires, a-t-on appris auprès de l'avocat de la plaignante, Me Jean-Paul Teissonière. L'affaire a été mise en délibéré au 15 février.Le mari de la plaignante, Victoire Le Souder, avait participé en 1966 à une campagne de tirs nucléaires à Mururoa en tant que contrôleur aérien sur le porte-avions Foch. Il est décédé en 2000 des suites d'un cancer du poumon.
Me Teissonière a demandé que le décès du militaire, qui n'était pas fumeur, a-t-il précisé, soit reconnu comme la conséquence d'une "exposition aux rayons ionisants" lors de sa participation à cette campagne qui se faisait par des largages de bombes par des avions décollant du Foch. La veuve demande une revalorisation de sa pension.
Pas de lien
"Pendant les essais, il y a un risque d'exposition nucléaire. Ce risque n'a pas été évalué correctement par les autorités militaires et l'Etat n'a pas pris les mesures de protection qui y sont liées", a plaidé l'avocat de la défense.
Le commissaire du gouvernement a fait valoir de son côté qu'aucun lien n'avait pu être établi entre le cancer du militaire et sa participation aux essais nucléaires.
Une information judiciaire a été ouverte le 20 septembre 2004 à Paris pour enquêter sur les conséquences des essais nucléaires français, menés entre 1960 et 1996 au Sahara et en Polynésie, sur les personnes civiles et militaires qui y assistaient.
L'enquête contre X vise des faits d'"homicide involontaire", "atteinte involontaire à l'intégrité physique ayant causé une incapacité totale de travail de plus de trois mois ou n'excédant pas trois mois".
Ces malades du nucléaire
Des Normands, présents en Polynésie ou au Sahara algérien lors des premiers essais nucléaires, souffrent de maladies graves. Ils veulent comprendre.« Un premier pas important ! »
Le responsable haut-normand de l'association, qui a passé deux ans en Polynésie, avait été frappé, en 1986, par un cancer des ganglions lymphatiques.
Sur les bords de Seine, à Duclair, Pierre Le Borgne veut savoir. Ancien maître électricien dans la marine nationale, il soigne aujourd'hui sa thyroïde, et s'interroge sur ses problèmes de santé, d'autant qu'il a eu le « triste privilège » d'être probablement le seul marin à avoir connu les premiers essais des deux bombes, « A » et « H ».
D'abord sur la zone de Regane au Sahara, où il assiste au tir à seulement onze kilomètres de l'explosion. « Nous étions à genoux, le dos tourné au point zéro, lunettes noires et mains sur les yeux. Et nous fûmes malgré tout transpercés par l'éclair ! » Pierre se souvient également s'être rendu en short et torse nu dans le cratère dix jours après le tir de cette charge nucléaire plus puissante que celle de Hiroshima. « Lorsque je suis parti, après dix-huit mois et trois tirs, je n'ai même pas fait l'objet d'une prise de sang. »
L'armée, famille nucléaire
Jean Lecardonnel, 58 ans, vétéran des essais atteint de leucémie
Fin juin 2003 Jean Lecardonnel, retraité depuis 1982, ressent « une grosse fatigue ». Il est hospitalisé. Diagnostic : une leucémie.
24 septembre 2003 Le professeur de médecine chargé des soins de l'ancien militaire écrit : « L'interrogatoire professionnel a permis de relever (...) que deux agents peuvent être incriminés. Une exposition au benzène et une exposition aux radiations ionisantes. »
Fin 2004 Jean Lecardonnel a perdu plus de 60 kilos en un an, de 137 à 75 kilos. Son teint est cireux, il semble fatigué, mais son regard est franc et son vocabulaire précis. Lorsqu'on lui demande s'il en veut aux autorités françaises, il rétorque sans ciller : « On ne peut pas en vouloir à ceux qui ne savaient pas. » Il sort une photo de l'époque. Le ministre de l'Intérieur, Michel Debré, est sur le pont du De Grasse, juste après l'explosion, en bras de chemise. « Personne ne connaissait les risques, la preuve. » Il reste si fidèle au drapeau qu'il refuse aujourd'hui encore de dévoiler le contenu, même le plus anodin, des transmissions radio dont il avait la charge.
Ce que demande Jean Lecardonnel comme des dizaines d'autres « irradiés pour la France », c'est une reconnaissance. Celle de la maladie professionnelle. « C'en est une. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les médecins. » Ministre des Armées de 1960 à 1969, Pierre Messmer a récemment admis sur un plateau télé « les imprudences » de la France à l'égard de ses militaires lors des essais.
Michèle, sa femme, rencontrée en 1983
« Quand il est entré en milieu stérile pour ses soins, je lui ai dit : "Tu vas t'embarquer, tu es dans la cabine d'un bateau, on ne sait pas pour combien de temps". A la maison on est très marine. Je m'intéresse à son passé, c'est ce qui l'a construit, qui fait ses qualités, sa rigueur. »
« Nous demandons une reconnaissance de responsabilité de la France et des réparations. Il leur faut aussi un suivi médical réalisé par une structure indépendante. Pour eux, leurs enfants et leurs petits-enfants qui peuvent aussi être atteints. »
(Le délai inhabituel entre le dépôt de plainte et l'ouverture de l'instruction - près de dix mois - souligne l'embarras du ministère de la défense qui devra justifier son discours irréaliste sur des essais nucléaires français "particulièrement propres".)
PARIS (29/09/2004) - Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicides involontaires" et "atteinte à l'intégrité physique" suite au dépôt d'une plainte en novembre 2003 des victimes des essais nucléaires français effectués entre 1960 et 1996 dans le Sahara et en Polynésie, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires. L'enquête, ouverte le 20 septembre dernier, a été confiée à deux juges du Pôle de Santé du tribunal de grande instance de Paris, Anne Auclair-Rabinovitch et Anne-Marie Bellot. L'information judiciaire ne vise que les faits les plus récents, les essais nucléaires du Sahara, notamment, étant trop anciens pour faire l'objet de poursuites, a-t-on précisé de sources judiciaires. Le nombre de victimes concernées par l'enquête est donc inférieur au nombre de personnes ayant porté plainte.
Fin novembre 2003, deux associations et onze victimes des essais nucléaires français avaient déposé une plainte à Paris. Les plaignants, civils et militaires ayant été exposés aux essais nucléaires atmosphériques ou souterrains menés dans les années 60 dans le Sahara algérien, puis en Polynésie, souffrent tous de pathologies graves liées à cette irradiation massive.
Les familles de deux personnes décédées se sont jointes à leur action, ainsi que l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) et l'Association Moruroa e tatou qui comptent plus de 5.000 adhérents. Une association algérienne est en cours de constitution. Ses membres n'ont pas obtenu de visas pour venir en France. "Les autorités militaires et civiles françaises en charge des expériences nucléaires n'ignoraient pas les risques auxquels elles exposaient les personnels civils et militaires chargés de procéder à ces expériences, les populations vivant à proximité des lieux de ces expériences", notait la plainte.
On estime à 150.000 le nombre de personnes qui ont assisté aux 210 essais nucléaires français. Une première étude médicale réalisée par les associations sur 720 vétérans montre que 30% d'entre eux sont atteints de cancers, contre 17% de la population nationale du même âge. Médecins du Monde a lancé une nouvelle étude en Polynésie.
Le nouveau Gouvernement de Polynésie française s'engage
aux côtés des victimes des essais nucléairesSiège : 403 Boulevard Pomare
Papeete Tahiti
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
M. Roland Pouira Oldham, président de Moruroa e tatou
M. Bruno Barrillot, Observatoire des armes nucléaires
l'Association des Vétérans des Essais Nucléaires
et l'Observatoire des armes nucléaires.
Décès d'Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa
Alfred Pautehea, ancien travailleur de Moruroa, qui était venu témoigner à Paris le 28 novembre 2003 à la conférence de presse au Sénat, est décédé dimanche 22 février à Atuona (Iles Marquises). Atteint d'une leucémie qui s'était déclarée en novembre 2000, Alfred avait travaillé sur les sites d'essais nucléaires de Moruroa et de Fangataufa de 1968 à 1979 et notamment sur des sites contaminés à la suite des explosions nucléaires atmosphériques. (Voir son témoignage en maron ci-dessous)Alfred Pautehea, ancien travailleur polynésien de Moruroa et Fangataufa
« J'ai travaillé successivement pour le Génie de l'Air et les entreprises sous-traitantes SOFEL, SEGT et SOGEPA de 1968 à 1979.Essais nucléaires français: des vétérans devant la justice
Pour la première fois, des vétérans des essais nucléaires français ont déposé vendredi soir une plainte contre X pour homicide involontaire, atteinte à l'intégrité des personnes et administration de substances nuisibles. Nombre d'entre eux souffrent de maladies, en particulier de cancers, comme Libération le racontait dès janvier 2002. «Nous voulons faire reconnaître la responsabilité de l'Etat», indique le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven), qui revendique deux mille adhérents.«Faire la lumière». Onze anciens employés civils ou militaires, ainsi que deux associations, l'Aven et son homologue polynésienne, Moruroa e Tatou, se sont associés pour déposer cette plainte auprès du tribunal de grande instance de Paris. «Le but de cette procédure est de demander aux institutions judiciaires de faire la lumière sur ce qui s'est passé de 1960 à 1996», explique leur avocat, Me Jean-Paul Teissonnière. Il pointe «une succession de dysfonctionnements, d'erreurs, de négligences et de choix aberrants qui a conduit à des irradiations».
Une enquête conduite par l'Aven auprès de 720 de ses membres indique que 30 % d'entre eux souffrent de cancers, le double de la moyenne dans cette classe d'âge. En termes statistiques, les résultats de cette enquête doivent être pris avec prudence, car rien n'indique que l'échantillon soit représentatif. Faute d'études épidémiologiques au niveau national, on ne dispose d'aucune donnée fiable sur la santé des vétérans des essais.
«Environ 150 000 personnes ont participé aux 210 essais nucléaires français», affirme le chercheur Bruno Barrillot, qui publie un livre sur «les Irradiés de la République» (1). Sur ces 210 essais, une cinquantaine ont eu lieu dans l'atmosphère, dans le Sahara et le Pacifique.
En juillet, lors de sa visite officielle en Polynésie française, Jacques Chirac avait annoncé la création d'un «comité de suivi» de la santé des anciens du nucléaire. Ce comité, copiloté par les ministères de la Santé et de la Défense, devrait voir le jour «dans les prochaines semaines», explique un proche du dossier. Dans un premier temps, il devrait procéder à un état des lieux, sans exclure la possibilité d'une étude épidémiologique.
Doses. Selon les données dont dispose le ministère de la Défense, «de l'ordre d'une centaine» de personnes ont été exposées à des «doses significatives» de rayonnements dans le Sahara et «moins d'une dizaine» en Polynésie. Une dose «significative» est supérieure à 50 millisieverts, c'est-à-dire le maximum que peut recevoir un travailleur du nucléaire. Dans le Sahara, lors de l'accident Béryl du 1er mai 1962, des doses de 600 millisieverts ont été reçues. Dans le Pacifique, un pilote qui traversait le champignon atomique pour des prélèvements en avait reçu 180. L'un des problèmes rencontrés par les vétérans est que leur dossier, libre d'accès grâce à la loi Kouchner de mars 2002, ne contient pas de relevés de dosimétrie. Négligence, désorganisation ? Quoi qu'il en soit, depuis un an, la justice a donné raison à trois vétérans malades, qui demandaient des pensions militaires d'invalidité. Au bénéfice du doute.
SAHARA, 1963. La France a commencé ses essais nucléaires en Afrique du Nord au début des années soixante. Aujourd'hui, les victimes des radiations porteront plainte pour « homicide involontaire » .
C'EST UNE PREMIÈRE. Ce matin, les associations des victimes des essais nucléaires français, qui regroupent 1 200 personnes, déposeront plainte devant le tribunal de Paris pour « homicide involontaire » et « atteinte à l'intégrité physique par imprudence ». « Nous attendons que l'Etat reconnaisse sa responsabilité dans les manques de précaution et la contamination des personnels des sites d'essais », explique M e Jean-Paul Tessonnière, l'avocat des victimes. Avant ce dépôt de plainte, des élus de Polynésie, des anciens travailleurs du nucléaire, tiendront une conférence de presse au Sénat pour exprimer ce qu'ils ont vécu. Ils parlent de populations enfermées dans des abris antiatomiques gardés, de fuite de produits radioactifs, de cancers prématurés, de naissances de bébés mal formés.Cancers et maladies rares
Ils viennent de créer l'Aven (*).
Les Etats-Unis reconnaissent, depuis 1998, une vingtaine de cancers directement liés à leurs essais nucléaires. « Pourquoi la France ne veut-elle pas donner les mêmes droits à ses vétérans ? », interroge Pierre Marhic, Jean-Henri Bouffard et Jacques Dezetter, membres de l'Association nationale des vétérans victimes des essais nucléaires.
154.700 personnes concernées
Dans le désert du Sahara, 17 essais nucléaires furent réalisés par l'armée française entre 1960 et 1966 avant qu'elle ne choisisse le site de l'atoll de Mururoa, pour 193 autres (dont 46 atmosphériques), entre 1966 à 1996 (le site est aujourd'hui encore interdit d'accès). Cent cinquante mille personnels - militaires ou membres du commissariat à l'énergie atomique - ainsi que 4.700 travailleurs polynésiens, auraient ainsi été exposés, sans protection particulière, à des doses radioactives importantes. « Plus l'irradiation est importante, plus les effets sont retardés », pointe Jacques Dezetter. Depuis une quinzaine d'années, d'alarmantes pathologies se déclarent, selon eux, chez de nombreux vétérans.
Cancers du sang, tumeurs...
Las « du mépris des autorités militaires », quelques-uns d'entre eux viennent donc de créer une association, dont le siège est situé à Bohars (29). « Aucun gouvernement ne s'est penché sur le suivi médical des vétérans. 37 % d'entre eux sont aujourd'hui atteints de maladies diverses; cardio-vasculaires, endocriniennes, ophtalmologiques ».
Les cancers sont aussi, selon eux, légion : « Chez les vétérans et les anciens travailleurs polynésiens, les cancers du sang, ainsi que des tumeurs malignes comme les lymphomes ou les myélomes sont trois fois plus élevés que la moyenne française ». Une adhérente raconte encore le calvaire de sa fille, née avec trois chevilles. « Des fausses couches, des malformations congénitales ont été constatées dans les familles de vétérans ».
Droit aux soins gratuits et à l'information
L'Aven va maintenant militer pour, notamment, l'obtention de la carte de soins gratuits pour les vétérans et leurs descendants, un suivi médical permanent et gratuit, l'attribution de pension de réversion à 100 % pour les veuves et orphelins, le versement de pension d'invalidité, le droit à l'information et l'accès aux dossiers médicaux...
Ainsi que sa participation aux travaux de l'observatoire de la santé des vétérans.
Michel Alliot Marie, ministre de la Défense, en a, en effet, annoncé la création. Selon l'Avven, aucun représentant d'associations n'est encore prévu au sein des comités directeur et scientifique de cet observatoire. Simple oubli sans doute.
06.63.76.68.56 ou 02.98.47.02.84.
Victimes présumées de radiations, les "vétérans" des essais nucléaires français
au Sahara et en Polynésie se mobilisent.
Peut-on mourir de loyauté ? Non, bien sûr. Ce sont les cancers - d'abord un cancer du cavum (cavité interne du nez), puis du sinus, puis des poumons -, qui ont emporté Bernard Ista, 67 ans, ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le 1er février 1998. Sur la photo, posée dans un coin du salon, on voit un bel homme, le cheveu brun, l'air énergique. "Il faisait partie de cette génération, née avant-guerre, qui avait conscience de participer à une aventure extraordinaire qui allait faire la grandeur de la France", souligne Danielle, sa veuve. Aucune ironie dans la voix. Un brin d'amertume, c'est tout. Les souvenirs du général Charles Ailleret - l'officier chargé de démarrer les premiers essais nucléaires français au Sahara - ne s'intitulent-ils pas, précisément, L'Aventure atomique française (Grasset, 1968) ?PARIS, 23 jan (AFP) Essais nucléaires français : Des effets "dérisoires" (rapport parlementaire)
Chirac remercie la Polynésie de sa contribution au nucléaire
Voir: "Dans le secret du Paradis", 60 mn en Realvideo 33Kb
Ce film réalisé par les journalistes Jacques Cotta et Pascal Martin met en avant les conséquences sur la personne des explosions nucléaires menées par les autorités françaises au Sahara (Regane et In Eker) et en Polynésie (Moruroa et Fangataufa). Une période qui court du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 et couvre 210 essais nucléaires, aériens ou souterrains.
17 Polynésie: les vétérans du nucléaire manifesteront pendant la visite de Jacques Chirac
PAPEETE (6 juillet 2003) - Moruroa e Tatou, association des anciens travailleurs des sites nucléaires français dans le Pacifique, organisera un rassemblement à Papeete pendant la visite de Jacques Chirac en Polynésie française, fin juillet.Essais nucléaires: les vétérans accusent
2 00 vétérans des essais nucléaires français, essentiellement des Finistériens et des Costarmoricains se sont réunis hier à La Martyre, près de Landerneau pour s'informer et témoigner.Antoine Sanguinetti, qui a assisté à quatre explosions au Sahara, a salué la démarche des vétérans, en estimant que « ce qui est important, c ' est que pour la première fois des gens qui ont été mêlés à ces questions d ' irradiation parlent ». De son côté, Simone de Bollardière, qui milite en faveur de la vérité sur les explosions nucléaires, a rappelé l' action conduite par son mari, notamment en 1973, contre les essais nucléaires, pour laquelle il avait été sanctionné.
Entre la première explosion « Gerboise bleue » au Sahara le 13 février 1960, et la dernière, le 27 janvier 1996 sur l'atoll de Fangataufa (Polynésie), la France a procédé, selon les chiffres officiels, à 210 essais nucléaires, d'abord atmosphériques puis souterrains .
« Un tissu de mensonges »
Plus tard, à 50 ans, Jacques Melon a été opéré d'un cancer de la prostate. « Le cancérologue qui m'a opéré à Lyon m'a parlé de cause génétique. Mon généraliste est persuadé qu'il est lié à des problèmes d'irradiation ». Jacques Melon a entamé une démarche individuelle. Mais, il est convaincu que c'est un collectif qui triomphera.
Contact Finistère : Jacques Melon,
7 rue de l'Hippodrome à Quimper. Tel 02.98.90.31.82
E-mail : jacquesmelon@hotmail.com
Réunion des vétérans des essais nucléaires samedi à Brest
BREST, 13 nov 02 - L'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN) organise samedi à Brest une réunion d'information sur les conséquences sanitaires "catastrophiques" des expérimentations nucléaires menées par la France entre 1960 et 1996, a-t-on appris mercredi dans un communiqué.Polémique sur le nucléaire
Le douloureux combat d'une veuve
BERNARD était ingénieur au CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Bruyères-le-Châtel. En 1998, à 67 ans, il est décédé des suites d'une très longue maladie. Un cancer rare, de la cave du nez, qui s'est propagé aux poumons. Aujourd'hui, sa femme voudrait savoir pourquoi le CEA n'a jamais voulu lui transmettre le dossier médical complet de son mari, qui a pourtant participé aux essais nucléaires français réalisés dans le Sahara et dans le Pacifique. Ce soir, Danielle témoigne dans un reportage diffusé sur France 2 (*) et consacré aux éventuelles conséquences des explosions nucléaires menées par les autorités françaises. Danielle habite désormais Breuillet. Elle a rejoint les rangs de l'Association des vétérans des essais nucléaires français, créée voilà un an pour « réclamer la transparence sur ce qui s'est vraiment passé ». A 62 ans, elle se souvient avec nostalgie de « ces belles années » passées à Papeete (Tahiti), de 1966 à 1972. « J'étais jeune, avec trois enfants, vivant sur une île superbe avec des habitants très chaleureux. » Là-bas, « les travailleurs du nucléaire » étaient confiants, convaincus qu'ils ne risquaient rien. « Mon mari était très bien suivi médicalement, avec toutes sortes d'examens poussés réalisés régulièrement. Et puis le nucléaire ne fait pas peur car il ne se voit pas, ne se touche pas, et ne se sent pas ! » Danielle non plus ne se posait pas de questions. De toute façon, elle ne savait presque rien des activités exactes de son mari. « La loi du silence faisait partie du contrat, raconte-t-elle. Mon mari s'est lancé avec enthousiasme dans l'aventure du nucléaire menée par le général de Gaulle. Il était fier de travailler pour la grandeur de la France, alors il respectait le secret défense. »Jacques Muller, de Montbeton, témoigne vendredi soir sur France 2
Communiqué de l'Observatoire des armes nucléaires françaises 05/09/02
Un reportage accusateur
Vendredi 13 septembre 2002, Stéphane Paoli présentera sur France 2 (Contre courant à 23 h 45) une enquête réalisée par Jacques Cotta et Pascal Martin intitulée « Dans le secret du paradis ».- accès à l'intégralité des dossiers médicaux,
- adoption d'une loi sur le suivi des essais nucléaires français
- participation des associations au processus de règlement des conséquences des essais nucléaires.
"Dialogue raté" entre les anciens travailleurs de Mururoa
et la ministre des DOM-TOM26
Un millier d'anciens de Mururoa réclament l'ouverture de leurs dossiers médicaux
Les apprentis sorciers du nucléaire
Le secret des irradiés du Sahara
En 1960 et 1961, l'armée française a profité des essais nucléaires dans le Sahara pour organiser des manoeuvres en milieu radioactif. Les appelés cobayes n'ont jamais entendu parler d'indemnisation.« Tout a commencé en 1959 au fort d'Ivry, où j'avais été mis au secret avec ordre d'écrire un scénario sur la première bombe atomique française. » Jean Vautrin, prix Goncourt 1989, effectue alors son service militaire en tant que cinéaste des armées. En décembre 1959, une fois son scénario bouclé, il est envoyé au centre d'expérimentation nucléaire de Reggane, dans le Sahara, pour y filmer l'explosion. « Je garde de cette expérience le souvenir de quelque chose de typiquement français : un mélange de grandeur, de bordel ambiant et d'apprentis sorciers. » Dans le désert algérien, les haut-parleurs diffusent de la musique, puis le compte à rebours démarre. « Au moment du tir, l'éclair nous a envahi la cervelle. Ensuite, dans un silence impressionnant, le champignon s'est élevé, monstrueux. L'onde de choc est arrivée à la façon des cavaliers de l'Apocalypse, roulant sur nous et nous traversant. Soudain, au milieu du tonnerre, nous nous sommes aperçus que nous n'avions pas enregistré le son de l'explosion... » Impossible d'annoncer la nouvelle aux militaires, qui comptent sur le film pour montrer au monde la puissance de la France. « Alors, nous avons triché. On peut le dire maintenant parce qu'il y a prescription, nous avons récupéré le son d'une bombe américaine pour sonoriser la première explosion nucléaire française ! » C. L. et O. R.
Les vétérans du nucléaire s'organisent
Email : EJegginton@aol.com
Association Moruroa e Tatou
CommuniquéBP 5456 Pirae Tahiti (Polynésie Française)
Tél (689) 43.09.05 Tél/Fax : (689) 42.15.69
E-mail : moruroaetatou@mail.pf
« Je bloquais le compteur Geiger »
Les vétérans des essais nucléaires français s'associent
Une association de vétérans des essais nucléaires (Aven) s'est créée en juin à Lyon. Tous ont des problèmes de santé. Ils dénoncent l'irresponsabilité de l'armée, réclament la réouverture des dossiers médicaux et demandent à l'État de reconnaître ses responsabilités.32 Communiqués de l'association des Vétérans des essais nucléaires
Samedi 9 juin 2001 à Lyon, a été créée l'association des Vétérans des essais nucléaires français et leurs familles.
Les membres fondateurs de l'association des vétérans des essais nucléaires déclarent que nombre d'entre eux ont subi des conséquences dramatiques pour leur santé. Ils pensent que l'origine de leurs maladies est à trouver dans le manque de précautions élémentaires prises pour leur protection lors des essais nucléaires. « Nous estimons que le moment est enfin venu pour la France de reconnaître ses responsabilités, de faire la vérité sur des expériences nucléaires qui ont engagé plusieurs dizaines milliers de personnes, militaires professionnels et militaires du contingent, personnels civils des armées, du Commissariat à l'énergie atomique et des entreprises sous-traitantes, métropolitains, polynésiens ou algériens » a déclaré le docteur Jean-Louis Valatx, président de l'association.Jean-Louis Valatx Tél : 04 78 77 71 27
Bruno Barrillot Tél 04 78 36 93 03
Contre le silence de l'armée française sur les cancers éventuellement liés aux essais nucléaires.
LE RÉVEIL DES IRRADIÉS
Les yeux fermés
Plus de 76 000 personnes concernées
------> Commission d'enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française
------> La France aurait employé des adolescents et des enfants sur les sites du Pacifique
«Bureaucratie un peu lourde»
--------> Tahiti et la nécessité des enquêtes épidémiologiques
Evolution des normes de radioprotection de la CIPR
1950 : 15 rem/an,
1956 : 5 rem/an,
1990 : 2 rem/an (20 mSv/an).
Pour la population :
1985 : 0,1 rem/an (1 mSv/an).
Nota : En France la réglementation fixe les limites annuelles à 50 mSv (5 rem) pour les travailleurs et à 5 mSv (0,5 rem) pour la population. La réglementation française ne respecte pas les recommandations de la CIPR.
Si 1 million de personnes reçoivent 1 rem (10 millisievert), quel sera le nombre de cancers mortels radio-induits ? La réponse dépend de l'institution qui effectue l'estimation.
20:11
Écrit par Justitia & Veritas
dans Général |
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